La Loi sur la laïcité de l’État a été adoptée au Québec, mais le débat est loin d’être terminé.

Laïcité : un débat qui n’est pas fini

ÉDITORIAL / La Loi sur la laïcité de l’État a été adoptée au Québec, mais le débat est loin d’être terminé. Il y aura des contestations qui traîneront la question en longueur et qui n’enrichiront que les avocats, sur un horizon de trois ou quatre ans probablement. Au-delà des prochaines élections québécoises. Entre-temps, le débat continuera sur le terrain, dans les écoles notamment où la loi s’appliquera de manière irrégulière. Cela mènera nécessairement à un certain exil d’immigrants du Québec vers l’Ontario, fort probablement, où ils trouveront un climat plus accueillant pour les minorités qui portent des signes religieux ostentatoires.

Cet exil ne sera pas important en nombre : quelques milliers, voire quelques dizaines de milliers de citoyens. Ils seront remplacés rapidement par une portion des quelque 40 000 ou 50 000 nouveaux arrivants au Québec chaque année. 

Mais cela enverra un bien mauvais signal aux autres immigrants que le Québec pourrait accueillir. 

La Belle Province est la première juridiction en Amérique du Nord à intervenir directement dans la question des choix religieux de ses citoyens et cela lui vaudra un œil au beurre noir qui durera longtemps.

La loi, rappelle-t-on, interdit le port de signes religieux par des fonctionnaires en position d’autorité. Les juges, les policiers, les procureurs de la Couronne, les gardiens de prison seront couverts par la loi. 

Mais aussi les directeurs d’école et les enseignants des niveaux primaire et secondaire : cette prolongation jusqu’aux employés des écoles publiques outrepasse le consensus de la commission Bouchard-Taylor de 2008. 

Ce consensus a volé en éclats lorsque Charles Taylor, récemment, s’en est dissocié, mais les conclusions de la commission demeurent.

Le gouvernement a inclus dans sa loi des exemptions pour les enseignants du secteur privé, notamment, et a reconnu des droits acquis aux employés qui enseignent déjà. Cela compliquera son application, sur le terrain.

La loi a été applaudie à la fois par le gouvernement de la Coalition avenir Québec et par le Parti québécois, qui l’a appuyé. 

Certes, elle a aussi été entérinée avec l’appui d’une assez forte majorité de Québécois qui en saisissent les grandes lignes, mais qui, tristement, ignorent ou choisissent de sous-estimer les principes sous-jacents de liberté de religion qui prévalent au Canada. 

Le Québec a tenté de mettre sa loi à l’abri de contestations en la protégeant de la disposition de dérogation, la fameuse « clause nonobstant ». 

Si la loi réussit ce test, elle devra être reconduite tous les cinq ans.

Selon le premier ministre François Legault, le Québec en avait assez parlé de cette question, et il fallait la régler une fois pour toutes. 

D’accord, mais pourquoi aller aussi loin et inclure les enseignants ? 

Le caractère d’autorité qu’ils incarnent est moins tranché que pour les employés des cours et du système carcéral. 

Cela a déchaîné les passions, notamment par la députée libérale Hélène David qui y est allée d’un vibrant plaidoyer, en fin de semaine.

Le gouvernement était majoritaire, l’adoption du projet de loi ne faisait aucun doute. Il faut regretter qu’il n’ait pas su écouter et mettre de l’eau dans son vin. 

Cela est devenu un dialogue de sourds où chacune des parties a sorti ses arguments bien sentis, mais bien limités dans leurs expressions. 

Le vote s’est fait sous bâillon, dimanche, et quelques-uns auraient souhaité une prolongation de quelques jours : cela n’aurait rien changé et le bâillon sera vite oublié.

Mais sur le fond, la loi laissera de profondes marques au Québec.