Julie Payette

L'accueil à Julie Payette

ÉDITORIAL / La nomination de Julie Payette comme prochaine gouverneure générale du Canada a été reçue avec un concert d'éloges. Même les chefs des partis d'opposition ont joint les louanges. Voilà comment les gouvernements devraient gérer ces nominations: en bâtissant des consensus autour de candidats présentant des qualités hors du commun. C'est certainement le cas pour Mme Payette, astronaute et collectionneuse de doctorats honoris causa (27 à ce jour!).
Ses états de service au nom du Canada ont été largement vantés, ainsi que ses multiples talents de scientifique, de musicienne, de polyglotte et d'athlète. 
Julie Payette sera la 29e gouverneure générale, une fonction au début confiée à des nobles anglais, puis à d'ex-politiciens et des journalistes. Son passé de scientifique s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur David Johnston, issu du milieu universitaire. La nature totalement apolitique de la science pourrait inspirer des gouvernements futurs. 
Il faut saluer que cette nomination arrive plusieurs semaines avant la fin du mandat de M. Johnston. Outre le Sénat - dont il a besoin pour entériner les lois promulguées par la Chambre des communes - le gouvernement de Justin Trudeau semble avoir de la difficulté à procéder à certaines nominations. On a vu le fiasco autour du remplacement de Graham Fraser au Commissariat aux langues officielles, après la nomination ratée de Madeleine Meilleur. Ce n'est qu'un des quatre agents du Parlement qui doit être remplacé, avec le Directeur général des élections, le commissaire à l'éthique et le commissaire à l'environnement. Ce sont les fonctions les plus apparentes. Dans l'ombre, il y avait quelque 570 postes vacants dans l'appareil fédéral, d'après une compilation de la CBC, en mars dernier.
Ce sont des postes de juges, de chef de la Gendarmerie royale du Canada ou d'administrateurs de sociétés fédérales comme la Commission de la capitale nationale, la Monnaie royale du Canada, etc. 
Le gouvernement Trudeau a été transparent dans son intention de nommer plus de femmes à ces postes, plus de personnes issues des minorités visibles, plus de gens des Premières nations. 
Ce rééquilibrage des nominations autrefois systématiquement biaisées en faveur des hommes blancs est tout à son honneur, mais la recherche de candidats aux qualités optimales ne doit pas se faire au prix de l'immobilisme et de la paralysie administrative. Il y a des décisions qui sont bloquées dans la machine bureaucratique, ou qui ne sont pas faites avec une brochette de représentants dûment mandatés. C'est tout le processus de gouvernance qui en souffre et ce n'est pas sain.
Par ailleurs, nous avons vu un récent mouvement pour que le poste de gouverneur général soit conféré à un autochtone - un appel que les qualités évidentes de Julie Payette ont étouffé. Mais il faut se demander si cela aurait été souhaitable. Plusieurs des peuples autochtones refusent de reconnaître l'autorité du gouvernement fédéral. Sur des débats fondamentaux sur les traités, par exemple, ils souhaitent discuter d'égal à égal, de chef de nation à chef de nation. Bref, en tête à tête avec la reine d'Angleterre, ou son représentant, le gouverneur général du Canada. Comment un autochtone pourrait-il ainsi assumer les fonctions de chef d'État canadien? Il y a là une contradiction dans la forme. 
Entre temps, et sans oublier tout le questionnement au Canada sur la pertinence de maintenir la royauté et ses symboles, saluons l'arrivée prochaine de la Québécoise Julie Payette à Rideau Hall.