François Legault, premier ministre québécois

La réforme du scrutin arrive

ÉDITORIAL / Prêts ou non, les Québécois entendront parler de réforme du scrutin en 2019. C’est une promesse du premier ministre François Legault qu’il a faite en mai, répétée en septembre et réaffirmée depuis son élection, en octobre. Il a même chargé l’une de ses principales ministres, Sonia Lebel, de la Justice, de piloter le dossier. Elle s’est engagée à déposer un projet de loi à ce sujet ce printemps, afin de ne pas perdre de temps.

Car la population a en tête la volte-face des libéraux fédéraux qui avaient eux aussi promis une nouvelle manière de tenir nos élections, en 2015. Mais Justin Trudeau a cafouillé : il a confié la filière à une ministre junior, Maryam Monsef, qui s’est vite mis les pieds dans les plats. Après une année de tergiversations, les libéraux ont conclu qu’il n’y avait pas d’appétit pour le sujet et l’ont remis aux calendes grecques, prétextant qu’ils n’auraient pas le temps de mettre toutes les réformes en place avant le scrutin de l’automne 2019. Mais ce fut de leur faute et ils en paieront le prix.

Au Québec, la réponse fut nette. Au printemps dernier, les trois partis d’opposition – Coalition avenir Québec, Parti québécois et Québec solidaire – ont tenu une conférence conjointe pour annoncer leur intention de réformer la manière que les Québécois votent. Ils sont généralement d’accord pour mettre en place une forme de proportionnelle mixte, inspirée de modèles existant en Nouvelle-Zélande, en Allemagne ainsi qu’en Écosse. Mais là s’arrête leur volonté. Par la suite, ils divergent d’opinion. Ils devront mettre de l’eau dans leur vin pour s’entendre... et convaincre les libéraux provinciaux qu’une réforme est bien nécessaire, et souhaitable.

Car les libéraux y ont toujours été opposés. Il serait incongru qu’une réforme du scrutin se fasse totalement sans eux. Il faudra éviter le blocage, d’un côté comme de l’autre. Les libéraux ne devraient pas voter en groupe pour s’y opposer, car la réforme viendra de toute manière. Mais cette réforme démocratique est trop importante pour se faire sur le dos des libéraux, en réalité ou qu’en apparence.

La proportionnelle mixte implique l’élection d’environ 78 députés au mode traditionnel, baptisé uninominal à un tour, et d’environ 47 à partir de listes régionales. Ni les régions ni leur taille n’ont été précisées. Il faudra de la souplesse pour s’entendre. Il est au moins heureux que les trois partis se soient entendus sur cette mécanique : il existe une ribambelle de représentations proportionnelles qui font la joie des politicologues mais qui confondent le public par le niveau de complexité qu’ils démontrent. C’est pourquoi il y a eu tant d’opposition à la réforme du scrutin. De surcroît, à peu près toutes ses déclinaisons ouvrent la porte à des gouvernements affaiblis, quand ils ne sont pas carrément minoritaires. Ils sont une faible réponse au désenchantement de bien des électeurs qui croient avoir perdu foi dans le système uninominal à un tour, car leur vote ne compte pas. Cela est vrai dans les circonscriptions « sûres » mais le coût à payer, les gouvernements minoritaires, semblent un bien fort prix.

Le débat est latent pour le moment, mais viendra bien assez vite. Les Québécois feraient bien de s’y intéresser tôt, car François Legault a écarté la perspective d’un référendum pour l’enchâsser, comme il vient d’y en avoir un en Colombie-Britannique. Là, par trois fois la population s’est opposée à la réforme du scrutin. Le gouvernement de la CAQ est bien décidé à aller de l’avant. Mais il devra faire attention à son développement, car cela pourrait polariser les électeurs. Ils le sont déjà suffisamment comme c’est là.