Il n'est pas inutile, selon notre éditorialiste, de rappeler que l'inaction a contribué à faire chuter le gouvernement de Paul Martin, il y a 12 ans. Justin Trudeau ne veut pas suivre ces traces.

La quête de perles rares

ÉDITORIAL / Pourquoi est-ce si difficile pour le gouvernement Trudeau de faire certaines nominations? L'immobilisme heurte la bonne marche de notre démocratie. Plusieurs rappels pour accélérer l'analyse de ces dossiers ont été faits, sans effet. Pourquoi tarde-t-on?
Le Droit et plusieurs médias ont fait une large place, au cours du dernier mois, à propos du poste de Commissaire aux langues officielles qui est occupé de façon intérimaire depuis bientôt six mois. Mais c'est loin d'être la seule vacance du genre.
Le Canada compte huit postes d'agents du Parlement, des hauts fonctionnaires qui relèvent du Parlement - d'où le nom - et qui sont nommés à la fois par la Chambre des communes et le Sénat. Ces postes exigent une grande indépendance d'esprit et d'action car leur mandat va au coeur de la vie démocratique canadienne.
Présentement, cinq de ces huit emplois sont vacants, comblés de façon intérimaire ou dont le titulaire a accepté une prolongation de mandat.
Les postes de commissaires au lobbying, à l'éthique et à l'information sont sous le coup de ces prolongations. 
Celui de Directeur général des élections est vacant depuis le départ de Marc Mayrand, en décembre. Cette absence est la plus dommageable de toutes. De mémoire, c'est la première fois qu'un gouvernement tarde tant à nommer un DGE. Avec un brin de cynisme, il faudrait presqu'applaudir que le gouvernement Trudeau ait abandonné son plan de réforme électorale... car qui l'aurait pilotée à l'interne? 
Le cinquième de la liste, c'est évidemment celui aux langues officielles. La ministre du Patrimoine Mélanie Joly, qui a piloté le dossier, a été échaudée par l'échec de la nomination prévue pour Madeleine Meilleur. L'ex-députée libérale d'Ottawa-Vanier et ex-ministre responsable des services en français au gouvernement de l'Ontario a fait l'objet d'une vigoureuse campagne, à la fois en faveur et contre, qui allait à l'opposé de l'indépendance attendue pour la fonction. Aurait-elle eu la distance politique et la liberté de penser nécessaire à la fonction compte tenu de ses liens avec le gouvernement? Nous ne le saurons pas, maintenant qu'elle a retiré sa candidature. 
On aura compris que Justin Trudeau et ses conseillers redoubleront de prudence avec toutes ces cruciales nominations à faire, et qu'elles subiront un test accru d'examen par les partis d'opposition et la société civile.
Les excuses servies pour justifier l'inaction ne tiennent pas la route. 
Au Bureau du premier ministre, une porte-parole a confié à l'hebdomadaire Hill Times que le défi est d'identifier des candidats de qualité qui reflètent la diversité canadienne et vont dans le sens de la parité des sexes. Il faut comprendre qu'on cherche des femmes et des gens des minorités pour faire contrepoids à un establishment principalement masculin et de race blanche.
Après 18 mois au pouvoir, trop de dossiers témoignent d'une paralysie provoquée par la volonté de trouver des perles rares. On consulte ad infinitum. Il n'est pas inutile de rappeler que l'inaction a contribué à faire chuter le gouvernement de Paul Martin, il y a 12 ans. Justin Trudeau ne veut pas suivre ces traces.
Par ailleurs, le premier ministre n'a pas eu de difficulté à trouver une trentaine de sénateurs qui répondent à ces impératifs exigeants qu'il s'est lui-même imposé. Toutes ses nominations à la Chambre haute ont été saluées pour leur qualité et leur indépendance. Pourquoi est-ce si ardu de faire pareil pour les cinq agents du Parlement?