La porte de sortie

Barack Obama ne s'attendait certainement pas à ce que la Russie lui vienne en aide dans le dossier de la Syrie. C'est pourtant ce qui est en train de se passer et la proposition russe, si elle permet d'éviter l'escalade du conflit, devra être considérée comme une avancée magistrale dans un bourbier que plusieurs aux États-Unis considéraient inextricable.
Entre les présidents Obama et Vladimir Poutine, les relations sont tendues depuis l'adoption d'une loi interdisant la « propagande » de l'homosexualité et l'alliance russo-syrienne. Cette porte de sortie offerte par le régime Poutine est d'autant plus étonnante.
Bachar el-Assad et son régime totalitaire ont bien peu d'amis dans le monde mais la Russie en est un de taille. Nous savons que le gouvernement Poutine fournit des armes à la Syrie et cela a permis jusqu'ici au régime Assad de résister aux attaques des milices qui contestent son régime depuis le Printemps arabe. Plus que résister : des populations de la banlieue de Damas ont subi d'effroyables attaques à l'arme chimique, le 21 août dernier. Dans ce secteur réputé pour sa résistance au gouvernement en place, le nombre de morts aurait atteint 1429 personnes, dont 426 enfants, selon les évaluations américaines. D'autres sources les chiffrent à 350, ou plus de 1700.
Le président Obama s'était coincé lui-même l'an dernier en mettant son vis-à-vis syrien de ne pas avoir recours à des armes chimiques, illégales aux yeux des Nations unies. Il les avait qualifiées de « ligne rouge » qui ne devait pas être franchie, laissant planer la menace de représailles.
Depuis l'attaque du 21 août, le monde est témoin d'un chassé-croisé où M. Obama cherche une manière de punir Bachar el-Assad... et sauver la face. Ce dernier a toujours soutenu qu'il n'avait joué aucun rôle dans cette catastrophe humanitaire. Le président américain a tenté sans succès pendant trois semaines de bâtir une coalition de pays qui appuieraient des frappes militaires contre la Syrie. Le Canada les a endossées en principe, tout en admettant qu'il n'avait pas les ressources spécialisées pour y participer. Étonnamment, la France s'est avérée le plus solide allié des Américains.
Le discours du secrétaire d'État américain John Kerry appelant à une riposte armée était bien ficelé mais ses preuves n'en étaient pas vraiment. Elles n'ont ainsi pas joué leur rôle. Tristement, ces preuves ressemblaient à celles bien faibles que les États-Unis avaient utilisées pour déclencher une opération militaire en Irak. La population américaine n'a pas voulu être bernée dans une autre coûteuse aventure guerrière, occupée à panser ses plaies après la récession de 2008 dont elle n'a pas encore émergé. Elle n'est pas dupe non plus des promesses d'une attaque éclair pour punir le régime Assad. Une guerre, on sait quand la première salve est livrée, mais on ignore où cela pourrait mener. A-t-on oublié la leçon de 1914, une réplique qui devait être rapide qui a dégénéré en les quatre années de la Première Guerre mondiale ?
Aujourd'hui, le président Obama doit prendre la parole pour parler à son peuple, une ultime tentative de bâtir cette coalition. Au même moment, les événements se précipitent. Bachar el-Assad se fait voir lors d'une entrevue au réseau CBS ; les Américains constatent chez lui un « ennemi » qui ne ressemble en rien à Oussama ben Laden.
L'ancienne secrétaire d'État Hillary Clinton appuie à mots à peine couverts la proposition russe de placer l'arsenal chimique de la Syrie sous contrôle international, dans un premier temps, afin qu'il soit détruit par la suite. Ruse russe ? Peut-être bien. La Russie est peut-être même celle qui a fourni ces stocks meurtriers à la Syrie. Mais parfois, en diplomatie, la moins élégante des sorties est celle qu'il faut emprunter pour éviter un conflit plus douloureux. Barack Obama, prix Nobel de la paix, doit franchir cette porte difficile pour son orgueil, mais préservatrice d'une certaine réconciliation.