La performance, critère simpliste

ÉDITORIAL / Fidèle à son credo de la droite qui ne valorise que la performance, l'Institut économique de Montréal a lancé un autre pavé dans la mare scolaire, cette semaine, en suggérant de payer les enseignants sur la base de leur performance.
« Des salaires plus élevés versés aux professeurs qui ont un impact positif important sur la performance de leurs élèves attireront vers l'enseignement des candidats dynamiques et créeront de l'émulation. Des salaires plus faibles pour ceux qui réussissent moins bien pourront les inciter à aller faire autre chose », écrivent les coauteurs Germain Belzile et Alexandre Moreau.
Comme si l'incompétence des enseignants était l'un des principaux défis de l'école au Canada ! Pourtant, dans une autre intervention du même genre en janvier 2016, l'IEDM citait qu'entre 2010 et 2015, sept professeurs avaient été congédiés pour incompétence au Québec. Sept sur 60 000 !
Évidemment, l'IEDM y voit là un autre terrible symptôme : la puissance des syndicats de l'éducation au Québec qui rendent virtuellement impossibles, donc, les mesures disciplinaires drastiques à l'endroit de leurs membres. Certes, les syndicats de professeurs sont puissants. Peut-être trop. 
Mais au moment de la rentrée scolaire, l'atmosphère qui se dégage du milieu éducatif est plutôt que le système, les parents, les autorités et le reste mettent énormément de pression sur les enseignants en salle de classe, et souvent assez peu de moyens pour s'occuper des enfants en difficulté qui perturbent. Dans une classe, ils ne sont plus des cas d'exception isolés -- un ou deux par année, et pas toutes les années --, mais plusieurs au sein d'une même cohorte. Les problèmes de comportement et d'apprentissage sont mieux dépistés aujourd'hui, et les « plans d'intervention » individualisés abondent.
Avec comme résultat que les défis pédagogiques sont différents d'une classe à l'autre, d'une école à l'autre, d'une région à l'autre. Quelle mécanique complexe faudra-t-il concevoir pour estimer qu'un professeur dans une école X mérite 43 $ de plus en salaire qu'un autre à l'autre bout du fleuve Saint-Laurent ?  
Si la situation semble plus critique au Québec qu'en Ontario, par exemple, c'est en bonne partie parce que le gouvernement libéral de Philippe Couillard a rogné bien des ressources pédagogiques au nom de l'équilibre budgétaire, avant d'amorcer un récent réinvestissement.
Mettre ainsi tout le fardeau de la réussite scolaire sur le seul dos de l'enseignant, sous peine de voir leur salaire amputer, voilà qui pousse la limite trop loin. 
De surcroît, MM. Belzile et Moreau suggèrent d'éliminer les commissions scolaires qui agissent comme un rempart entre l'école et les desiderata du ministère de l'Éducation. Cela risque d'appauvrir davantage les ressources pédagogiques des professeurs. Ils doivent être encouragés et supportés, pas menacés.
Cette méthode simpliste de la carotte et du bâton vient d'une autre époque et mérite d'y rester. À première vue, cela semble fonctionner mais après un examen plus minutieux, et à plus long terme, il a été démontré que des employés plus heureux offrent de meilleurs rendements. Cela vaut aussi en éducation. 
L'Institut économique de Montréal fait souvent oeuvre utile pour stimuler la réflexion sur la gouvernance publique. Dans ce cas précis, cela fait plus de 15 ans qu'il conseille au gouvernement du Québec de lier performance et rémunération des enseignants. Si Québec et la population ne l'ont pas suivi, c'est simplement qu'il s'agit d'une bien mauvaise idée.