Selon La Presse canadienne, quelque 200 milliards de points Aéroplan attendent d'être utilisés.

La mine d'or des cartes de fidélité

ÉDITORIAL / Après les turbulences de la carte Air Miles, en 2016, c'est maintenant Aéroplan qui est pris dans la tourmente. Air Canada, qui avait lancé le programme Aéroplan en 1984 avant de le vendre en 1998, a annoncé qu'il lancerait une nouvelle carte fidélité en 2020. Les 5 millions de Canadiens qui la détiennent ont réagi avec véhémence et l'action de la compagnie qui possède Aéroplan a perdu plus de la moitié de sa valeur en quelques heures.
Cela doit servir de signal d'alarme à tous les consommateurs. Nous devons devenir des acheteurs mieux avisés. Sinon des entreprises ne se gêneront pas d'exploiter nos informations personnelles à leur escient, et à s'approprier cet argent qui dort un peu partout dans nos portefeuilles.
Depuis trois décennies, nous sommes bombardés d'invitations à joindre des programmes de fidélisation de la clientèle qui laisse miroiter des économies, des gratuités, des ristournes, des voyages, etc. 
Ces offres ne sont pas gratuites, même si elles sont présentées ainsi. Les organisations préoccupées par nos informations personnelles doutent de ce qui survient à la somme de données que ces programmes de fidélité amassent sur les habitudes de consommation des citoyens. Et de ce qu'ils en font... car elles sont devenues précieuses. Les entreprises veulent savoir qui achète quoi, où et quand, à quel prix et de quelle manière, afin de présenter des offres d'achat toujours mieux conçues, mieux ciblées, au bon moment, etc. Ces informations sont souvent vendues à des tiers à notre insu, et ce sont autant de bris potentiels de la confidentialité entourant nos comportements. L'ombre de Big Brother qui peut deviner vos prochains gestes n'est pas très loin.
L'exploitation de nos données commerciales et personnelles - connues sous le nom de «data mining» - n'existait pas à l'époque de la création d'Aéroplan. Air Canada ne cherchait à l'époque qu'à offrir un bénéfice à ses clients de manière à les encourager à revenir. C'était presqu'anodin et comme la carte orange ne coûtait rien, des millions de Canadiens se sont dits : pourquoi pas ?
L'industrie s'est développée et on a depuis vu qu'il y avait une valeur financière dans ces informations. Aéroplan a été vendue et vaut aujourd'hui des centaines de millions de dollars. 
Et pendant ce temps, la plupart des abonnés, pas de fréquents voyageurs, les ont juste regardé ces points s'empoussiérer sur leurs relevés. Assez pour rêver de voyage, jamais assez pour les réaliser. Selon La Presse canadienne, quelque 200 milliards de points dormiraient ainsi. Pour les comptables des programmes de fidélisation, ce passif considérable doit être tenu sous contrôle.
Il y a cinq ans, Air Miles a tenté le grand coup en accolant une date de péremption à leurs points fidélité. L'échéance arrivait à la fin de 2016. Le tollé des consommateurs a été assourdissant ; ils sentaient qu'on leur subtilisait de l'argent dans leurs poches. La société mère d'Air Miles, l'Américaine Alliance Data Systems, a plié en bout de ligne pour sauver les apparences.
Dans le cas d'Aéroplan, c'est Air Canada qui avertit que son abonnement se terminera en juin 2020. Tous les points doivent être utilisés avant cette date-butoir. Des millions de Canadiens oublieront et ce sera alors la crise.
Ces fiascos commerciaux doivent au moins servir à rappeler aux consommateurs qu'ils ne posent pas de gestes anodins et que les petits caractères au bas des contrats que nous signons parfois négligemment ne sont pas sans conséquences. Soyons avisés !