La main tendue de Couillard

ÉDITORIAL / Jeudi Philippe Couillard a invité le Canada à reprendre le dialogue sur notre fédération et la direction qu'elle prendra. L'accueil, disons, aurait pu être plus chaleureux.
Le Canada anglais a encore beaucoup de difficultés à comprendre ce que veut le Québec, comme le suggérait la formule consacrée du « What does Quebec want? ». Nous sentons encore une bonne dose d'incompréhension face à cet appel renouvelé à la discussion. Le Canada anglais ne se pose pas les mêmes questions existentielles -- cela réfère sans doute au caractère majoritaire de ses habitants. Et pour le Canada anglais, la fédération semble bien fonctionner alors... pourquoi ces interrogations à n'en plus finir ?
Le Canada a pas mal oublié que le Québec n'a pas signé la Constitution de 1982. Pas étonnant. C'était il y a 35 ans et bien des Canadiens n'étaient pas nés, ou n'en ont aucun souvenir. Cela est vrai des Québécois aussi. Même si le pays a prospéré depuis, cela ne signifie pas que tout baigne. Deux autres tentatives de régler cette absence québécoise, les négociations de Meech et Charlottetown, ont échoué. Le référendum de 1995, au Québec, n'a pas mené à un nouveau pacte qui l'aurait séparé du Canada. Ainsi, même si en surface, la fédération canadienne fonctionne, l'absence du Québec au bas de la Constitution demeure un anachronisme. Et pour bien des Québécois, cette incongruité devra, un jour, être corrigée. Et souhaitons-le, dans l'honneur et l'enthousiasme, selon la formule consacrée par Brian Mulroney.
Des irritants se dressent toujours dans les relations bipartites du Québec avec le fédéral, et inversement. La récente imposition d'un nouveau pacte en santé, imposé par la ministre fédérale Jane Philpott, témoigne d'un problème dans ces relations bilatérales. La reconnaissance de la « nation québécoise » par le gouvernement de Stephen Harper n'était pas la clef de voûte que les conservateurs ont prétendu ; rien ne définit cette « nation québécoise » -- géographie, ethnie, culture, langue ? -- et elle ne réfère ainsi à rien, ni ne règle quoique ce soit. Les principes d'une réelle fédération, dans le sens d'un partenariat entre les provinces et Ottawa, échappent encore à trop de politiciens, qui le définissent chacun en fonction de leurs intérêts provinciaux ou fédéraux.
Personne ne semble reconnaître que ces irritants peuvent se régler par une meilleure entente entre le fédéral et les provinces.
Hier, Philippe Couillard a signifié son intention de provoquer un dialogue sur le sujet. 
Du point de vue du Québec, on peut lui reprocher qu'il a mis du temps avant de se dresser comme le chef d'État qu'une telle initiative exige ; les élections au Québec auront lieu dans 16 mois. On peut lui reprocher de dévoiler un document de réflexion au lendemain d'accusations sur son éthique et ses rapports avec Marc-Yvan Côté, politicien en disgrâce. Mais cette synthèse des idées n'a pas été faite à la hâte. Son lancement, peut-être. On aura rapidement oublié cela. 
La réponse initiale du premier ministre Justin Trudeau a été nette : pas d'appétit à rouvrir la Constitution canadienne. Mais M. Couillard n'en était pas là. Un jour, au terme d'un fertile dialogue, sans doute. Pour le moment, l'heure est au dialogue. Il est dommage qu'Ottawa et le Canada anglais ne puissent apprécier une main tendue. Ce serait pourtant bien plus facile de s'entendre avec les libéraux de Philippe Couillard qu'avec le Parti québécois...