François Legault

La langue, ça va... mais les idées?

ÉDITORIAL / Le débat en anglais dans la course électorale au Québec a au moins prouvé une chose : l’anglais de François Legault s’est suffisamment amélioré, au cours des dernières années, pour prétendre à la plus haute fonction au Québec. Maintenant, en a-t-il fait assez pour convaincre les 1,2 million d’anglophones et d’allophones ? Cela lui sera plus difficile qu’il ne l’espérait au départ.

Il y avait quelque chose d’historique lors de cette journée : en effet, c’était le premier débat en anglais entre les chefs de partis depuis 1985 au Québec. Robert Bourassa et Pierre Marc Johnson avaient alors croisé le fer sur les ondes de la station de radio CJAD. Certains irréductibles Québécois croyaient que le Québec allait trop loin dans sa politique d’accommodement en fournissant aux anglophones une occasion d’en connaître davantage sur cette campagne électorale. Ils ont eu tort hier alors que le ton a été de bon aloi toute la soirée, avec quelques échauffourées qui ont porté sur certains des mêmes thèmes que lors du premier débat en français, jeudi dernier, l’immigration notamment. Même Manon Massé, co-leader de Québec solidaire et Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, ont paru bien accueillis... enfin dans la mesure du possible. Ils avaient fort peu à gagner lors de cette joute oratoire compte tenu de leur adhésion au principe de la souveraineté du Québec.

Nous nous attendions à ce que Mme Massé ait de la difficulté à s’exprimer parfois, l’anglais étant clairement une langue dont elle ne se sert pas souvent. Cela s’est concrétisé avec un temps de réponse nettement inférieur à ses trois adversaires. Nous savions aussi que le libéral Philippe Couillard et M. Lisée étaient à l’aise en anglais. Le questionnement était entier à propos de M. Legault.

Ses adversaires lui ont néanmoins assené une série de questions difficiles, devant lesquelles il a dû retraiter vers ses notes pour se démêler. Notamment sur les coupures qu’il entend faire dans les commissions scolaires, son plaidoyer est tombé à court. Il a avancé vouloir les remplacer par « des centres de service », une nouvelle structure qui n’aura sans doute pas convaincu la communauté anglophone qui, a-t-il été dit, se sent souvent comme une société de deuxième classe au Québec. 

M. Legault domine encore dans les sondages nationaux, mais il a connu un recul, notamment compte tenu de la difficulté sur les questions d’immigration. Il a voulu dévier les interrogations sur un éventuel test de valeurs québécoises en indiquant le chemin tortueux du Parti québécois sur ce thème. Il y a cinq ans à peine, le Québec était aux abois à propos d’une Charte des valeurs québécoises proposée alors par Bernard Drainville. Mais M. Lisée a habilement évité le sujet. Ce qui est de plus en plus clair, c’est que la proposition caquiste, qui porte aussi sur un test de français à réussir dans les trois premières années de leur arrivée au Québec, prend des airs de tests que tout le monde pourra réussir, tellement M. Legault y prévoit d’échappatoires. 

François Legault espérait soutirer quelques dizaines de milliers de votes aux libéraux avec ce débat en anglais. Si au plan de la langue, ça va, pour le reste, cela lui demeure difficile. Ce qui laisse le champ libre à Philippe Couillard et à ses libéraux. Ce dernier a obtenu l’appui inattendu de Valérie Plante, la mairesse de Montréal, hier, mais la course n’est pas encore gagnée. L’électorat anglophone représentait une cohorte dans laquelle M. Legault pensait pouvoir piger. Cela lui sera plus difficile qu’il ne le pensait et il devra ramer fort pour redresser le cap lors du troisième et dernier débat, à TVA jeudi.