La déréglementation

Pendant des années, des gouvernements de toutes les couleurs ont mis de l'avant la déréglementation de divers secteurs industriels. En transport sur rail, les Canadiens en ont vu les conséquences les plus atroces, l'été dernier, avec la catastrophe de Lac-Mégantic qui a coûté la vie à 47 personnes.
Cet accident n'était pas que le fruit du hasard. De plus en plus, nous comprenons que le hasard n'a été que l'étincelle qui a fait s'embraser une montagne de bois sec qui n'attendait qu'à se consumer. Voilà un peu ce que les Canadiens peuvent conclure au fur et à mesure que l'on en apprend sur la genèse de l'accident, entre autres grâce au travail de l'émission Enquête, à Radio-Canada.
On y a révélé que la compagnie Montreal, Maine and Atlantic (MMA) a multiplié pendant des années des infractions aux règles de sécurité, sans aucune conséquence des autorités réglementaires.
Les gouvernements ont été obnubilés à réduire l'intervention de l'État. D'autres ont cédé à des cures minceur par souci d'équilibre budgétaire. Les uns comme les autres ont convenu de confier aux entreprises elles-mêmes la tâche de se réglementer, convaincus que ces dernières avaient à coeur la sécurité de leurs clients, de leurs employés et de la population. Nous constatons aujourd'hui qu'elles ont mis ces préoccupations de côté par souci de préserver ou d'augmenter leurs profits.
Cela se constate aussi dans le secteur alimentaire, par exemple, où les inspections sont trop souvent confiées à des équipes internes qui, en principe, font rapport à des organismes réglementaires... aujourd'hui trop amaigries pour vraiment garder l'oeil sur toute l'industrie.
L'accident de Lac-Mégantic et les crises alimentaires qui se succèdent forcent la main aux gouvernements. Dans son budget déposé mardi, Ottawa prévoit octroyer 153,6 millions$ de plus à l'Agence canadienne d'inspection des aliments pour qu'elle (ré) embauche 200 inspecteurs et renforce la protection des consommateurs. Il n'y avait rien pour rehausser la sécurité du transport ferroviaire mais des élus conservateurs s'y sont engagés. Leur dilemme, c'est que leur mantra d'une réduction de la taille de l'État va à l'encontre du remède à la déréglementation. Ce qu'ils accepteront de redonner d'un côté, l'enlèveront-ils de l'autre? Pour prévenir un autre accident ferroviaire, créera-t-on les conditions pour un scandale qui frappera un autre secteur industriel à la réglementation diluée? Le médicament? Le nucléaire? La pollution des cours d'eau? Choisissez votre cible.