Le rapport prend sa source dans le fait qu’il y aurait quelque 3000 femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis 25 ans.

La commission sur le « génocide »...

ÉDITORIAL / Génocide : le mot est partout dans le rapport de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Tant qu’on en est obnubilé.

Était-ce volontaire ? Sans doute, car les Canadiens avaient besoin d’un électro-choc pour être mus vers l’action, disent les commissaires. Malheureusement, ces références à un génocide polarisent le débat et viennent nuire à l’Enquête dès ses premières pages. La réalité, c’est que malgré sa bonne volonté, la population ne sait trop bien que faire et que penser de leurs relations avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis qui chacun et à des degrés divers selon l’endroit où ils sont, exigent des réponses différentes des autorités. Le gouvernement du Canada, à titre de fiduciaire des relations avec les Premières Nations, leur doit une réponse, et on le sent plus ouvert à le faire aujourd’hui qu’il y a 25 ans, à l’époque de la Commission royale sur les Peuples autochtones.

Génocide : vidons la question alors. Le rapport dit : «Le génocide est la somme des pratiques sociales, des hypothèses et des actions. Ce pays est en guerre et les femmes, les filles et les personnes autochtones sont en état de siège.»

Le Canada reconnaît cinq génocides : l’Holocauste, l’Homodomor ukrainien, le génocide arménien de 1915, le génocide du Rwanda de 1994 et le nettoyage ethnique de Bosnie entre 1992 et 1995. Mais les Autochtones n’étaient pas là lorsque la définition a été arrêtée en 1947. Mais doit-on inclure tous les peuples autochtones du monde, les Maoris, les aborigènes, les Indiens des Amériques et tutti quanti, pour qu’une définition soit acceptable ? Et que faire des autres peuples qui se réclameront eux aussi de génocide à l’avenir ? On n’en finira jamais et l’argument de la commissaire Michèle Audette ne tient pas la route.

Le Canada, en fait, n’est pas «en guerre» contre les femmes, autochtones ou non, bien qu’elles aient été trop souvent victimes de violences. Il existe un fossé entre ce que la commission statue et la réalité, aussi cruelle soit-elle parfois. 

Le rapport prend sa source en 2016 dans le fait qu’il y aurait quelque 3000 femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis quelque 25 ans. Le rapport estime que «nul ne connaît le nombre exact». Parce que le gouvernement a librement encadré le débat «notamment les causes sociales, économiques, culturelles, institutionnelles et historiques», la commission d’enquête les a élargies jusqu’au génocide, ce que la commission Vérité et réconciliation ne faisait pas, qui a déposé son rapport sur les pensionnats autochtones en 2015. 

La première réponse du gouvernement du Canada était révélatrice. Alors que l’on connaît le préjugé favorable du premier ministre Justin Trudeau sur les questions autochtones, il s’est limité à dire que son gouvernement étudierait les 231 recommandations, sans s’engager à les mettre en œuvre... alors qu’il l’avait fait avec les 94 recommandations de la commission Vérité et réconciliation. Il est demeuré de glace devant le mot «génocide», lui préférant «situation honteuse». Cela dit tout.

Certaines risquent d’être adoptées, telle la création d’un ombudsman des droits des Autochtones, ainsi que des organismes de surveillance de la police, au Québec (qui a droit à son rapport indépendant) comme ailleurs au pays. Mais l’essentiel risque de se retrouver sur les tablettes, comme bien des rapports de commission d’enquête, autochtone ou pas.