Bon an mal an, la facture du Québec pour leurs patients qui utilisent des soins de santé de l’Ontario s’affiche autour de 100 millions $, souligne l'éditorialiste Pierre Jury.

La chirurgie qu’aux Québécois!

ÉDITORIAL / Fermer les blocs opératoires de l’Outaouais aux patients de l’Ontario, est-ce une bonne idée ? À ce sujet, deux écoles de pensée s’affrontent.

Il y a ceux qui soutiennent que c’est de bonne guerre pour les Québécois d’aider un peu leurs frères ontariens, eux qui les ont tant aidés et qui les aident encore tellement. Rappelons que bon an mal an, la facture du Québec pour ses patients qui utilisent des services de santé à Ottawa s’affiche autour de 100 millions $.

Cela comprend environ 15 millions $ à l’Institut de cardiologie d’Ottawa, où l’on procède à des soins aigus qui sont réputés ne pas être disponibles en Outaouais. C’est à peu près la même chose pour le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, qui facture 25 millions $ au Québec. Le reste de la note se divise entre l’Hôpital d’Ottawa (34 millions $), l’Hôpital Montfort (13 millions $) et des services en cabinet privé (un autre 13 millions $).

Cette aide est bienvenue pour les patients de l’Outaouais. Même qu’elle est essentielle dans le cas des soins aigus de niveau tertiaire, pour lesquels il n’y a pas d’équivalent en Outaouais. Quand vous devez consulter un spécialiste d’un champ qui n’est pas offert au Québec, vous êtes bien content qu’il y ait, juste de l’autre côté de la rivière des Outaouais, quelqu’un qui puisse répondre à vos questions avec autorité.

Il y a des gens qui martèlent que c’est un juste retour des choses que d’offrir aux Ontariens des soins de santé, lorsque les plateaux d’opération de Gatineau sont disponibles.

Et puis il y a ceux qui croient que les soins de santé en Outaouais doivent servir aux Québécois. Que hormis les services requis lors de situations d’urgence — où tous les Canadiens sont assurés de services équivalents partout au pays —, les patients de l’Ontario devraient être retournés vers leur province pour les obtenir. 

C’est cette dernière politique qui est en vigueur depuis presqu’un an. Voilà ce que soutient le Dr Nicolas Gillot, le directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), lorsqu’il parle d’« un établissement à vocation régionale ». La « région », dans cette expression, c’est l’Outaouais, et seulement l’Outaouais.

Il est difficile de départager entre ces deux axes de pensée. Il est vrai que l’Outaouais est tellement sous-développée en santé (et dans plein d’autres domaines) par rapport à l’est de l’Ontario, que charité bien ordonnée commence par soi-même. 

Il faut par ailleurs se demander comment l’Outaouais en est arrivée là. Y a-t-il eu abus ? Les documents internes obtenus par notre demande d’accès à l’information font référence à « une chirurgienne » spécialisée en soins maxillo-faciaux qui aurait utilisé les plateaux d’opération « de façon régulière ». Un seul cas ? Et c’est ce qui a amené à une politique restrictive ? Le document poursuit en spécifiant que « les services donnés sont existants en Ontario » et que la chirurgienne « pourrait obtenir des privilèges dans un hôpital ontarien ».

Au lieu de lui taper sur les doigts, les autorités outaouaises auraient-elles pu tolérer cet état de fait qui aurait pu mener au développement d’une spécialité unique en Outaouais, une spécialité pour laquelle les Ontariens auraient fait le pied de grue pour ses services ? Car cette politique restrictive élimine cette option : le fait qu’il pourrait y avoir, en Outaouais, des services courus par les deux côtés de la rivière. Pourquoi les spécialistes devraient-ils tous être à Ottawa et pas à Gatineau ?