La CCN et les maires

Au fil des décennies, le mandat et le rôle de la Commission de la capitale nationale ont passablement changé. Sa mission d'origine, l'embellissement de la capitale du Canada, s'est progressivement élargie pour inclure jusqu'à son animation et sa promotion, en plus de voir à la gestion d'un vaste patrimoine collectif qui comprend un parc national, une ferme d'antan, un réseau de routes panoramiques, une ceinture de verdure, des édifices fédéraux, des résidences officielles, etc. Bref, des intérêts qui vont dans tous les sens.
Hier, les maires d'Ottawa et Gatineau ont tenu une première rencontre officielle depuis des lunes et la principale pomme de discorde sur laquelle ils ont pu s'entendre a été sans surprise la CCN.
Ils ont répété les accusations habituelles à son endroit, à commencer par ce qu'ils considèrent un non-sens, le fait qu'une majorité de Canadiens de toutes les régions du pays forment son conseil d'administration. Ces gens ne sont pas élus, ce qui tique souverainement plusieurs adversaires de la CCN, en plus du fait qu'ils prennent des décisions qui touchent les citoyens des deux côtés de la rivière des Outaouais.
Ces rengaines sont faciles à rejeter. La capitale appartient à tous les Canadiens et la CCN est l'instance où tous les Canadiens sont représentés pour indiquer la voie de développement de leur capitale qui, dans bien des pays, est une source de fierté nationale.
Quant au fait qu'ils ne sont pas élus, la voie démocratique n'est pas une panacée. Il y a longtemps eu au pays des niveaux de gouvernement appelés « communautés urbaines », même à Ottawa et en Outaouais. Cela servait à la coordination supra-municipale, des élus y siégeaient, et ça n'allait pas nécessairement mieux. Aux États-Unis, on élit le shérif et le juge du comté ; cela ne les met pas à l'abri des influences ni les rend meilleurs.
Par ailleurs, MM. Jim Watson et Maxime Pedneaud-Jobin se sont plaints qu'aucune autre ville du pays n'a à vivre avec une telle organisation comme la CCN au-dessus de sa tête... Ridicule, puisqu'il n'y a qu'une seule capitale !
Comparer « l'ingérence » de la CCN avec le travail du fédéral dans les autres grandes villes du pays ne tient donc pas la route.
Cela dit, la CCN n'en est pas à une contradiction près, ni à une erreur près non plus. Sa gestion archaïque l'a longtemps dissimulé derrière un rideau de fer alors qu'elle aurait gagné à tenir des réunions ouvertes. Encore aujourd'hui, elle se complaît trop souvent dans la microgestion et la confrontation - pensons au tracé du train léger et à la fermeture du boulevard Gamelin - et affiche la mentalité d'un propriétaire terrien aux habitudes (in) dignes du secteur privé.
Pour une création politique, la CCN a toujours affiché un manque flagrant de sens politique.
Elle pourrait accomplir tellement plus, et tellement mieux, si elle embrassait son rôle de facilitateur et de planificateur qui dispose d'une vision d'ensemble et à long terme, à l'abri des intérêts de séduction politique à court terme. La CCN n'a pas pu empêcher, par exemple, qu'Ottawa et Gatineau se dotent de systèmes de transport en commun incompatibles.
Évidemment, ce rôle de facilitateur se ferait bien mieux en intégrant à son conseil d'administration les maires des deux principales villes qui la composent.
Le concept d'une capitale n'est pas désincarné ; il s'enracine dans la terre d'ici et dans les préoccupations des gens d'ici. En ce sens, il tombe sous le sens que les principaux représentants des gens de la région partagent leurs priorités locales avec les autres Canadiens qui siègent à la CCN.
La rencontre des maires Watson et Pedneaud-Jobin pourrait être historique. Leur appel commun doit être accueilli favorablement par le gouvernement fédéral comme le signe d'une confrontation passée qui, si elle est menée comme il faut, porte en elle les gènes d'une concertation d'avenir.