La CAQ et Couillard

Le Québec est en élections pour la seconde fois en 19 mois. En déclenchant des élections sans avoir été battu par un vote conjoint des partis d'opposition, le Parti québécois et Pauline Marois font fi de la première loi qu'ils ont déposée à l'Assemblée nationale - la tenue d'élections à date fixe. Ils mettent de côté une partie de leur vertu par cupidité électorale dans l'espoir de dégager une majorité de sièges pour avoir les coudées plus franches. Cela leur permettrait en premier lieu d'adopter son controversé projet de Charte de la laïcité sans avoir à le diluer par des négociations avec l'un ou l'autre des partis d'opposition.
Une vaste majorité de Québécois avaient applaudi l'adoption d'élections à date fixe, et tous les élus à l'Assemblée nationale l'avaient appuyée. Mais par nature indulgente ou faible en mémoire, la population mettra rapidement de côté les reproches qu'elle pourrait faire au PQ à ce niveau et regardera vers l'avant.
Dix-neuf mois plus tard, donc, qu'est-ce qui a changé par rapport au scrutin du 4 septembre 2012 ? En essence, deux éléments. D'abord, Jean Charest n'est plus là. Pendant les tristes événements du Printemps érable de 2012, personne ne donnait cher de la peau de son Parti libéral ; mais redoutable en campagne électorale, il a fait taire ceux qui voyaient la Coalition avenir Québec potentiellement prendre le pouvoir, ou à tout le moins, former la principale opposition à l'Assemblée nationale. Les libéraux ont fait élire 50 députés et M. Charest a pu quitter la tête (relativement) haute. Cette sortie a préparé le retour politique de son ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard.
La campagne qui s'amorce constitue le premier grand test pour M. Couillard. Voilà le premier élément de différenciation par rapport à septembre 2012. Si tous reconnaissent son intelligence et sa feuille de route à la santé, son sens politique n'a pas encore convaincu personne. Au contraire. Ses changements d'idée et la manière qu'il a traité la seule députée musulmane Fatima Houda-Pépin ne font pas honneur à la réputation libérale. Certaines personnes profitent d'une promotion pour révéler des qualités insoupçonnées, d'autres s'écrasent. M. Couillard a devant lui une occasion de faire oublier sa première année d'un difficile apprentissage à titre de chef en livrant une campagne sentie, organisée, structurée.
Le second élément de différenciation, c'est la Coalition avenir Québec. Toute l'année qui a précédé l'élection de 2012, son chef François Legault (et son éminence grise, l'homme d'affaires Charles Sirois) a parcouru la Belle Province pour mousser ses messages d'austérité budgétaire, de réduction de l'appareil de l'État, bref, d'un programme de centre-droit. M. Legault et la CAQ étaient sur une lancée ; certains croyaient même qu'il pourrait prendre le pouvoir en profitant des problèmes des libéraux et du leadership contesté de Pauline Marois au PQ. Les résultats n'ont certainement pas été à la hauteur de certaines attentes mais 1,2 million de votes ne sont pas à dédaigner. Surtout que les libéraux n'en ont eu que 1,3, et les péquistes, 1,4 million.
Mais la dernière année et demi a été dure pour la CAQ. Ses meilleures idées ont été piratées, les autres n'ont pas réussi à galvaniser l'opinion publique. Aujourd'hui, à moins d'une campagne resplendissante, la CAQ semble promise à une place moins importante à l'Assemblée nationale. En Outaouais, elle ne tient qu'à un fil.
Les sondages montrent que le PQ a profité de la conjonction de ces deux phénomènes pour gagner des points dans l'électorat. De toute évidence, Mme Marois espère que ses candidats cristalliseront cette faveur populaire pour subtiliser des votes à la CAQ qui leur permettront de remporter des circonscriptions plus serrées. Une dizaine de sièges supplémentaires suffiront à lui procurer cette majorité à laquelle elle rêve. En Outaouais, il n'y a que dans Papineau que cela pourrait se voir. Ce serait une première depuis 1976. Mais ailleurs au Québec, ses chances regardent plutôt bien. Ce qui explique pourquoi les Québécois seront appelés aux urnes le 7 avril.