Le chef de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Michael Sabia

La Caisse et les paradis fiscaux

ÉDITORIAL / La Caisse de dépôt et placement du Québec doit donner l’exemple et progressivement se détourner des paradis fiscaux. Et si elle continue de faire la sourde oreille, le premier ministre Philippe Couillard doit la rappeler à l’ordre sans délai. Il n’est pas question que la Caisse se cache derrière de faibles arguments fallacieux comme la compétition féroce, éviter la double imposition ou le fait qu’elle ne paie pas d’impôt au Canada. C’est rire du monde... et des contribuables québécois.

La Caisse est un outil de gestion des caisses de retraite du Québec et elle doit obéir à la lettre et à l’esprit des politiques du gouvernement. Dans toutes ses relations d’affaires, elle doit faire montre de la même rigueur que l’on attend des gouvernements et des élus. Elle doit s’associer à des entreprises et des fonds d’investissement qui font preuve de cette même rigueur. 

Cette logique pourtant simple échappe au chef de la Caisse, Michael Sabia. Au mieux a-t-il confié, en mai dernier, qu’il allait « tout faire pour minimiser ce chiffre ». 

Il faisait référence au quelque 10 % des 270,7 milliards $ que gère la Caisse. En marge d’un rapport de la commission des finances de l’Assemblée nationale, la CDPQ a estimé que ses investissements dans les paradis fiscaux s’évaluaient à 26,2 milliards $.

Il faut garder M. Sabia à l’œil. Il a été un excellent patron à la Caisse. Il a ramené le calme après les rendements catastrophiques de la crise financière de 2008. Mais entre 2013 et 2016, la part du portefeuille de la Caisse liée aux paradis fiscaux a presque doublé. La tendance s’en va dans la mauvaise direction, et très rapidement. Cela doit être inversé.

C’était vrai au printemps et ce l’est encore davantage à la lumière des Paradise Papers qui ont exposé de nombreux liens entre des gens d’affaires du Canada et des contrées où l’évasion fiscale est un sport national. 

Évidemment, si Michael Sabia résiste aux pressions des élus, c’est qu’il craint que cela ne réduise les rendements de ses investissements. 

« On ne peut pas être tout seul un leader », a lancé sa première vice-présidente et chef de direction financière, Maarika Paul.

Justement, c’est là qu’elle fait erreur. Dans bien des domaines, le gouvernement doit être un leader, justement. On a recommandé aux gouvernements de bâtir des édifices LEED pour tracer la voie à ceux qui doutaient de leur faisabilité, même si les coûts étaient plus importants ; l’État n’investit pas dans une perspective à court terme et le rendement énergétique met du temps à se concrétiser. Idem pour le retour à l’usage du bois dans les constructions, afin de soutenir une industrie forestière qui en a besoin. Dans ces domaines, le gouvernement mène la marche et la Caisse, dans ses investissements, doit aller dans cette même direction.

Évidemment, cela ne se fera pas rapidement. La CDPQ a raison de rappeler son action dans le long terme. Elle ne doit pas cibler publiquement une baisse précise. Mais privément, elle doit nettement passer le message à ses partenaires, les entreprises et les fonds d’investissement, qu’ils devraient éviter les paradis fiscaux, sous peine de voir la Caisse se retirer progressivement de leurs engagements conjoints. 

Les contribuables du Québec les remercieront, même si le rendement annuel de la CDPQ devait infléchir de quelques dixièmes de points de pourcentage.

Cette leçon devrait aussi encourager d’autres fonds du genre, comme Teachers et OMERS en Ontario, à emprunter la voie honorable qui ne passe pas par l’évasion fiscale, devenue un fléau mondial qui plombe les finances publiques.