La 17/174 d'ici 2020

Depuis des décennies des citoyens demandent l'élargissement de la route 17/174 entre le chemin Trim et Clarence-Rockland. Si ça n'arrivera pas demain dans le contexte actuel des finances publiques, il n'est pas acceptable que les automobilistes endurent la situation actuelle pendant 20 autres années.
La première étape pour dénouer l'impasse consiste à convaincre la province de l'Ontario d'en reprendre la responsabilité.
Cela avait été une erreur du gouvernement de Mike Harris d'inclure cette route parmi les quelque 400 dont la « propriété » avait été dévolue du provincial vers le municipal à la fin des années 1990. Les finances des municipalités d'Ottawa et Comtés unis de Prescott et Russell ont dû supporter des coûts d'entretien et de réfection d'une route qui ne servait pas qu'aux populations locales. Jean-Marc Lalonde, qui était alors député provincial de Glengarry, Prescott et Russell, l'avait démontré, sans succès. Ses efforts pour renverser la décision de M. Harris sont demeurés lettre morte.
Par ailleurs, la Ville d'Ottawa et les représentants politiques de l'est ontarien comme Clarence-Rockland ou les Comtés unis se livrent à un jeu de souque à la corde où personne ne sort gagnant. À preuve la ridicule déclaration du conseiller municipal d'Ottawa Stephen Blais qui proposait, en mai 2013, l'aménagement d'un péage afin que les automobilistes des Comtés unis paient leur « juste part » de cette route. M. Blais et trop d'élus au conseil d'Ottawa ne voient les automobilistes de l'est que comme des mouettes qui viennent picorer les richesses d'Ottawa. Ce n'est évidemment pas le cas. Des milliers de résidents de l'Est ontarien contribuent à la vie économique d'Ottawa par leurs emplois et par les dollars qu'ils laissent dans les commerces urbains. Ils comptent aussi sur les outils collectifs présents à Ottawa, comme les hôpitaux, le Centre national des arts, le Centre des congrès ou les centres sportifs qu'ils ont payé comme tous les autres contribuables.
Ces gens ont besoin d'un meilleur accès routier via la 17/174. Dans bien des cas, ils n'ont pas le choix.
Comme exemple des intérêts supérieurs de l'Est ontarien, l'autoroute 416 (qui relie Ottawa et l'autoroute 401) serait-elle devenue réalité si l'on avait laissé la Ville d'Ottawa décider du sort du tronçon de la route 16 sur son territoire ? Évidemment pas. C'était à l'Ontario d'intervenir et la 416 est devenue réalité.
Il faut donc un arbitre qui voit au-delà des chasses gardées municipales et ici, ce ne peut être que le gouvernement provincial. À lui aussi de négocier la part du financement de chacune des parties : l'Ontario, les Comtés unis et la Ville d'Ottawa.
La seconde étape pour dénouer l'impasse consiste à atténuer les craintes de la Ville d'Ottawa concernant l'étalement urbain. Ces réticences sont très légitimes. L'aménagement d'une route à quatre voies ne fera pas que réduire les temps de transport entre Clarence-Rockland et Ottawa. Elle éveillera nécessairement l'intérêt de futurs banlieusards et des promoteurs immobiliers. Tous découvriront rapidement que s'il est plus facile de se rendre au secteur Cumberland, à Clarence-Rockland et plus à l'est, les terrains propres au développement immobilier y abondent.
Ce phénomène d'étalement urbain est déjà bien amorcé et il ne faut certainement pas l'accélérer. Il existe beaucoup de terrains à aménager à l'intérieur (et légèrement au-delà) de la ceinture de verdure, et plein de quartiers qui tardent à être redécouverts. La 17/174 ne doit pas prendre le pas sur cette essentielle tâche de rénovation urbaine. Comment freiner l'exode alors ? Par des règles strictes bloquant le dézonage de terres agricoles, limitant les budgets d'infrastructures (égouts, aqueducs, transport en commun, etc). Ces outils sont déjà à la disposition de la Ville d'Ottawa ; ils peuvent être encouragés par le gouvernement de l'Ontario, qui verrait par ailleurs à les coordonner avec les municipalités plus à l'est.
La 17/174, dans ces conditions, devient tout à fait possible d'ici cinq à sept ans.