Justification nécessaire

Le 11 décembre, Postes Canada a annoncé un train de cinq mesures dont la plus controversée est la fin de la livraison du courrier à domicile pour des centaines de milliers de foyers au pays, entraînant l'élimination de 6000 à 8000 emplois de facteurs d'ici cinq ans.
Pendant un siècle et demi, la poste a été considérée comme un service essentiel et les dirigeants ont réussi au cours des dernières années et des dernières semaines à diviser la population sur l'avenir de Postes Canada. On a jeté en pâture des arguments comme le volume du courrier qui vit une forte décroissance en raison de l'émergence des moyens technologiques, son déficit, les lourdes obligations financières de son régime de retraite, la compétition de ses concurrents, etc.
La décision de Postes Canada a été applaudie par le gouvernement conservateur qui se réjouit officiellement que les contribuables ne servent pas à éponger ce déficit.
Dimanche, des centaines d'employés ont manifesté contre la décision de Postes Canada. Ils sont bien décidés à défendre et leurs emplois et l'avenir du service public qu'est Postes Canada qui n'a pas démontré que les cinq mesures annoncées en décembre étaient aussi inévitables qu'irréversibles. Le président de Postes Canada n'a pas démontré non plus que toutes les options avaient été étudiées ; quelques entrevues données à des médias ne suffisent pas.
Le ministre conservateur Denis Lebel ne s'est pas montré ouvert à l'étude de la décision de Postes Canada par un comité d'élus de la Chambre des communes. Il fait erreur.
Il s'est borné à rappeler que Postes Canada était maintenant une « organisation indépendante » du gouvernement et qu'elle « doit prendre des mesures » pour rétablir sa situation financière.
Postes Canada a toujours appartenu à tous les Canadiens. Que le gouvernement en ait fait une agence « officiellement » indépendante le sert bien aujourd'hui mais ne berne personne. D'ailleurs, le gouvernement de Stephen Harper n'a pas perdu beaucoup de salive quand il a fallu passer une loi spéciale pour mettre fin à un conflit de travail chez Postes Canada, il y a deux ans. Le fédéral avait alors pleine autorité sur ce service essentiel, comme le soulignait la députée néo-démocrate de Gatineau, Françoise Boivin, dimanche. Maintenant que Postes Canada prend une décision impopulaire, Ottawa est vite en affaires pour s'en distancer.
Il faudrait donc qu'il se décide. Soit que la poste est un service essentiel, soit qu'on peut en charcuter des gros bouts sans conséquences.
À tout le moins, cette question devrait être débattue devant un comité parlementaire.
Si BlackBerry, Bell ou Rogers prenaient de telles décisions d'affaires, ses actionnaires pourraient réagir immédiatement en transigeant leurs actions ou lors de l'assemblée annuelle. Dans le cas de Postes Canada, les actionnaires - la population canadienne - doit avoir voix au chapitre.
Les quelques arguments du président Deepak Chopra ne suffisent pas. Pour justifier une décision aussi importante et la perte de tant d'emplois, le président de Postes Canada doit être grillé de questions par les élus qui parlent au nom des Canadiens. Ils doivent démontrer que le rapport d'experts sur lequel Postes Canada se base, celui du Conference Board, est partial et intéressé - donc sans valeur. La situation financière de Postes Canada doit être examinée à la loupe : y a-t-il eu des contributions régulières et suffisantes
au régime de retraite pour éviter le trou de 6 milliards $ qu'allègue Postes Canada aujourd'hui ? Qu'a fait Postes Canada pour limiter l'érosion des moyens technologiques ? Quelles autres avenues de revenus ont été étudiées, comme les services financiers ?
Pour tout cela, il n'existe pour le moment que des réponses faciles et superficielles.
Il est essentiel que les actionnaires de Postes Canada - les Canadiens, via leurs élus fédéraux - obtiennent des réponses dignes de vrais gestionnaires. Ce n'est que par l'étude de Postes Canada en comité parlementaire que cela pourra se faire.