L’homosexualité de M. Watson était un secret pas très bien gardé, à Ottawa.

Jim Watson et sa sortie malhabile

ÉDITORIAL / Le maire d’Ottawa, Jim Watson, est (enfin) sorti du placard samedi. Cette révélation n’en est pas réellement une. Si le maire n’avait jamais avoué son homosexualité, elle était un secret de Polichinelle pour quiconque s’intéresse un peu à la politique municipale.

Il s’agit d’un geste courageux. 

Même après 40 années à vivre secrètement sa sexualité et à se consacrer à sa carrière d’homme public, il faut une bonne dose de courage pour enfin avouer que l’on est homosexuel. 

Les raisons qui ont expliqué son long silence sont logiques. 

« Quand j’étais un adolescent, dans les années 1970, il n’y avait virtuellement aucune ressource pour offrir de l’aide, ou même juste parler », s’est-il rappelé. 

C’est cruellement vrai. Cela témoigne aussi combien la société canadienne a évolué au cours des 50 dernières années. Nous sommes passés d’une communauté où l’homosexualité était réprimée, interdite, voire illégale, à une société où elle est aujourd’hui reconnue, voire célébrée.

L’homosexualité de M. Watson était un secret pas très bien gardé, à Ottawa. 

Pendant des années, il se faisait accompagner par diverses femmes lorsqu’il avait des sorties publiques. Des collègues de travail, des amies ont ainsi pu parader à ses côtés, perpétuant le mystère autour des relations personnelles du maire qui a aussi été président de la Commission canadienne du tourisme, animateur de télévision et ministre dans le gouvernement libéral de Dalton McGuinty, dans les années 2000. Mais personne ne se leurrait. 

Ces « amies » n’étaient que des complices de son silence.

Mais le recours à des amies pouvait se comprendre, même lorsque l’homosexualité est devenue une question somme toute banale.

Ce qui n’est pas banal, cependant, c’est l’oubli que M. Watson fait de la communauté francophone.

Jamais l’idée ne lui est venue de partager son secret avec les francophones. Sa sortie, elle a été planifiée dans l’Ottawa Citizen. Seulement. Comme s’il n’était le maire que des anglophones d’Ottawa.

Il aurait pourtant été si facile de le faire avec les francophones et lecteurs du Droit

Notre journaliste était avec lui, vendredi matin, et pas un mot au sujet de la sortie de M. Watson n’a été prononcé. Il aurait été un jeu d’enfant pour le maire de préciser ses intentions quant à sa sortie officielle, le lendemain dans les pages du Citizen, et nous offrir la contrepartie en français.

Mais non. Ce n’est pas la première fois que le maire se comporte de la sorte avec la communauté francophone.

M. Watson la tient pour acquise, comme si elle votait pour lui sans qu’il n’ait à lever le petit doigt. 

Comme s’il n’avait pas besoin de faire des efforts, comme maire de la capitale du Canada, pour s’assurer que les Franco-Ontariens jouent leur plein rôle dans les affaires municipales. 

Il ne fait que répéter que la ville fournit des services en français, qu’il n’y a nul besoin d’en faire davantage, que les francophones doivent être satisfaits puisqu’ils ne se plaignent pas.

Jim Watson fait l’erreur de croire que parce que les Franco-Ontariens ne montent pas aux barricades, qu’ils sont bien desservis et qu’ils n’en désirent pas plus. Au contraire. 

L’exercice d’Ottawa bilingue s’est soldé par une reconnaissance alambiquée, partielle, que des francophones ont célébrée en s’en faisant une raison. 

Il valait mieux cette authentification tronquée, car ils pourraient bâtir là-dessus pour en gagner davantage. Comme la reconnaissance du statut bilingue de la Ville d’Ottawa, en 2005.

Le Droit félicite Jim Watson d’être sorti du placard. 

Mais il n’a aucune félicitation à lui faire sur l’unilinguisme anglais de son annonce, une fois de plus.