Jim Watson et les francophones

Depuis toujours opposé au bilinguisme officiel de la Ville d'Ottawa, le maire Jim Watson en a remis une couche cette semaine en prétendant que le conseil municipal est unanimement derrière lui à ce sujet. Il a tort. Il a aussi tort de se faire croire, comme il le fait depuis plusieurs années, que la question est réglée et que la population est totalement satisfaite de l'état actuel des choses.
Ottawa, capitale d'un pays officiellement bilingue, devrait être officiellement bilingue elle aussi. C'est aussi simple et aussi direct que cela. Il y a là une déclaration de principe que la communauté francophone et francophile espère entendre. Mais elle ne retient pas son souffle et sait très bien que ce n'est pas pour demain.
Il existe d'ailleurs un dialogue de sourds entre les autorités municipales et la communauté francophone.
Le maire Watson n'avait aucun intérêt à ce que le caucus informel des élus francophones et francophiles se rencontre. Finalement, une réunion s'est tenue cette semaine, un an après la dernière rencontre... qui devait se tenir l'automne dernier. La question du bilinguisme officiel y a à peine été abordée : seul le conseiller Mathieu Fleury en a fait une (brève) mention. Le comité consultatif de bénévoles n'a pas plus d'importance à ses yeux.
Pendant que les élus ignorent largement les questions qui touchent la communauté francophone, cette dernière multiplie les appels au bilinguisme officiel. Mais s'il y a des appels, ce ne sont pas des cris.
Les États généraux de la francophonie, en novembre dernier, ont eu comme principale recommandation le bilinguisme officiel de la capitale. Le commissaire aux services en français en Ontario, François Boileau, a fait de la « désignation officielle bilingue » une recommandation dans son récent rapport annuel, le mois dernier.
À chaque fois, le maire Watson réplique que « notre politique est efficace et fonctionne bien pour notre communauté ». C'est ce qu'il résume par « bilinguisme pratique ».
De toute évidence, l'approche des francophones est trop timide pour que le maire Watson sente qu'il y a une solidarité derrière cette volonté de bilinguisme officiel. Le silence est particulièrement douloureux à constater au sein de l'ACFO d'Ottawa. Depuis le décès de la directrice générale Claudette Boyer, le 16 février, personne n'a repris le flambeau, pas même au sein du conseil d'administration.
Pourtant, le bilinguisme officiel pour la capitale ne changerait pas grand-chose sur le terrain, une situation dont devrait être convaincue le maire Watson. Les obligations linguistiques ne seraient pas rehaussées pour la peine. Il n'y aurait par exemple pas plus de postes désignés au sein de la fonction publique municipale.
Jim Watson a un flair politique très aiguisé. Son approche de l'administration municipale tranche nettement de celle préconisée par son prédécesseur Larry O'Brien. Les impressions d'improvisation et de désintérêt pour la communauté francophone ont fait place à un sens poussé de la paix sociale et d'un minimum de relations entretenues avec les Franco-ontariens. On ne peut le blâmer si la représentation francophone au conseil municipal s'est évaporée.
Un jour, il faut espérer que M. Watson verra qu'il y a un avantage à appuyer la principale demande de la communauté francophone, la désignation officielle de bilinguisme. Lorsqu'il le verra, il n'hésitera pas à l'appuyer parce qu'il en appréciera les bénéfices.
Pour que ce jour arrive, les conditions doivent être favorables et la communauté doit parler d'une seule voix, forte et claire. Ce jour n'est pas encore arrivé. Cela a passé près, en 2005, avec la Loi 163 sur la reconnaissance du caractère bilingue de la Ville d'Ottawa par l'Assemblée législative de l'Ontario. M. Watson ne croyait pas à une loi plus forte à l'époque, ni une majorité de députés libéraux à Queen's Park. Mais il suffit d'une étincelle pour que l'unanimité se forge chez les Franco-ontariens.