Mélanie Joly s'est rendue à la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne à Iqaluit, au Nunavut.

Iqaluit, prélude au sommet de Québec

ÉDITORIAL / Vendredi a pris fin la Conférence ministérielle sur la francophonie canadienne, à Iqaluit, au Nunavut. Certains ont fait les gorges chaudes du fait qu’à peine six des 13 ministres responsables de la Francophonie au pays se sont donné la peine de s’y présenter. En fait, ce n’était pas mieux l’an dernier, où ils n’étaient que six. C’était à Whitehorse, dans les Territoires du Nord-Ouest, un autre endroit décentré qui ne facilite pas les déplacements.

La faible participation est tout de même remarquable. 

Avec un gouvernement assez ouvert et une ministre Mélanie Joly qui s’est refait une virginité dans la Francophonie après un passage difficile au Patrimoine canadien, il y avait là des ingrédients pour assurer une participation soutenue. 

La raison du désenchantement ? 

L’élection de conservateurs dans plusieurs provinces qui ne sont pas a priori très ouverts sur le sujet.

En Ontario, la ministre Caroline Mulroney a boudé les deux rencontres, cette année et celle de 2018 aussi. 

Son premier ministre Doug Ford n’encourageait pas sa ministre à y aller. 

Elle s’est ainsi trouvé une réunion « urgente » dans son autre ministère, les Transports, pour prétexter son absence. 

Cela avait aussi l’avantage que Mmes Mulroney et Joly n’ont pu se rencontrer pour faire mieux connaissance. 

Les rapports personnels chaleureux aplanissent toujours les petits écueils qui peuvent surgir dans le traitement d’un dossier.

Mais Mme Mulroney peut tout de même se dire deux choses. 

D’abord, elle était représentée à Iqaluit par Marilissa Gosselin, la conseillère du premier ministre Ford pour les affaires francophones, un poste ajouté en catastrophe à la suite de la crise du 15 novembre 2018 qui a vu l’Ontario abolir le Commissariat aux services en français et mettre sur la glace le financement de l’Université de l’Ontario français.

Ce financement, c’est l’autre sujet qui bouge même si Caroline Mulroney n’était pas sur place. 

La semaine dernière, elle a envoyé une lettre à son homologue fédérale pour lui dire qu’elle acceptait « d’entamer un dialogue constructif » sur l’UOF. 

Mme Joly venait de lui rappeler pour une troisième fois qu’elle attendait de ses nouvelles. 

Voilà que nous savons maintenant que le coup a porté. 

Les deux parties s’assoiront sous peu pour en parler, faut-il présumer. 

Rien de plus concret n’a émergé. 

Mais le message était clair : même si Mme Mulroney était absente, les dossiers cheminent.

Le grand dossier que Mélanie Joly veut marteler, c’est la refonte de la Loi sur les langues officielles. 

Mais pour la réaliser, il faudra attendre après les élections fédérales d’octobre. 

Elle veut rassurer les francophones du pays que les libéraux sont fermement dans leur camp. 

Le chef conservateur Andrew Scheer est plus vague dans ses intentions quoiqu’il martèle qu’un gouvernement conservateur n’imiterait pas Doug Ford avec ses coupures dans les services en français, qu’il voue un appui « inébranlable » aux langues officielles.

La rencontre d’Iqaluit prépare celle de Québec, en juin 2020, qui se veut cruciale. 

La ministre Sonia Lebel convie le monde francophone à un sommet sur un « rapprochement » des francophonies canadiennes, qui précédera la Conférence ministérielle. 

Cette rencontre se veut une commémoration des 50 ans depuis les États généraux du Canada français. 

Cela nous donnera un meilleur écho de la francophonie au Canada. 

Ce sommet, suivi de la Conférence ministérielle, nous donnera un meilleur écho de l’état des choses.