Le moment du bilan viendra bien assez tôt, dans quelques semaines. Pas avant que les rivières n'aient regagné leur lit, et que la situation soit revenue un peu à la normale.

Inondations: trop tôt pour un bilan

La crise des inondations s'est poursuivie toute la fin de semaine et selon tous les rapports, c'est surtout l'appui indéfectible des citoyens qui a permis de lutter contre cette historique crue des eaux. Des milliers de personnes ont, sans autre encouragement que le sens de l'entraide communautaire et de la générosité, fourni l'essentiel des forces nécessaires pour tempérer autant que possible les effets d'une nature déchaînée.
Leur action bénévole sera la plus belle preuve de solidarité pendant cette crise: elle redonne un peu beaucoup confiance en la nature humaine alors que nous sommes si souvent bombardés de calamités aux quatre coins de la planète. Il faudra se souvenir de cette belle leçon d'humanisme de 2017. 
Évidemment, cet inestimable don de soi n'aurait pu s'exercer si la Ville de Gatineau et ses cols bleus n'avaient pas été là, ni le gouvernement du Québec et les Forces armées canadiennes. Du côté ontarien, ce sont d'ailleurs les bénévoles qui ont fourni l'essentiel des efforts de sauvegarde, et aucun appel à l'armée n'était encore prévu, hier.
Les dizaines de sacs de sable, si essentiels devant l'élément destructeur, ne seraient pas apparus tout seuls aux endroits névralgiques, ni les camionnées de sable non plus, sans l'intervention des différents niveaux de gouvernement.
Malgré ces gestes de bonté, il s'en trouve pour déjà distribuer des blâmes à gauche et à droite. Ou a tout le moins, remettre en question des décisions prises de bonne foi, dans le feu de l'action lorsque l'urgence dicte l'action avant la réflexion. Ils soulèvent des doutes: les militaires auraient dû être appelés plus tôt en renfort, l'état d'urgence aurait dû être déclaré (ou pas), pourquoi l'autoroute 50 traverse-t-elle une zone inondable à Gatineau, pourquoi même construit-on encore des maisons dans des zones inondables, etc. Que fait le Bureau d'assurance du Canada pour calmer les craintes des victimes des inondations? Qui paiera pour certains dommages? Que veut bien dire un « acte de Dieu » dans les contrats d'assurance... et n'est-ce qu'un artifice de l'industrie pour se soustraire à régler certaines factures? Et l'aide des gouvernements s'appliquera-t-elle aux citoyens?
Il est évidemment bien tôt pour poser toutes ces questions, et surtout, pour distribuer les reproches. Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin l'a dit de son côté, que le temps était encore à l'action et à aider les sinistrés, à assurer la sécurité des citoyens. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a pour sa part commenté qu'il n'était pas encore venu le temps d'évaluer les coûts des multiples opérations de sauvegarde des biens privés et publics. Il était par ailleurs rassurant, hier, de voir tous les ordres de gouvernement marcher côte à côte lors du passage de M. Couillard. Cette collaboration de tous les niveaux a ainsi permis d'alléger les pressions sur les infrastructures publiques de l'Outaouais, lundi, alors que le fédéral, le provincial, le milieu scolaire et hospitalier avaient tous lancé le mot d'ordre de ralentir les activités au maximum. 
Le moment du bilan viendra bien assez tôt, dans quelques semaines. Pas avant que les rivières n'aient regagné leur lit, et que la situation soit revenue un peu à la normale. Les gouvernements feront alors le bilan de leurs actions alors que les citoyens aux maisons endommagées feront le leur de leur côté. Mais le temps ne suffira pas à oublier les inondations de 2017 qui passeront à l'histoire comme la crise du verglas de 1998.