Moins d’usines permettront à GM d’économiser 6 milliards $ par an à partir de 2020.

Infime espoir pour GM à Oshawa

ÉDITORIAL / Les 2600 employés de General Motors à Oshawa ont reçu l’ultime mauvaise nouvelle, hier. Leur usine fermera en décembre 2019. C’est l’une de cinq usines qui ont reçu de semblables baisers de la mort, hier, les quatre autres étant aux États-Unis.

Cela faisait un siècle que l’on produisait des véhicules dans ce qui était à l’origine une usine de Buick, puis de General Motors dans les années 1950.

Mais cette fermeture était écrite dans le ciel. 

Il y a déjà eu 23 000 employés dans les années 1980, et 15 000 dans les années 2000. L’usine n’était donc que l’ombre de ce qu’elle a déjà été.

Surtout quant aux modèles qu’ils assemblaient. L’Impala est en fin de modèle en 2019, la Cadillac XTS également. Leurs ventes battaient de l’aile cette année avec des effondrements de l’ordre de 55 et 50 %. Ils faisaient aussi des camions Silverado et GMC Sierra, mais d’autres usines de GM les montaient déjà. Ainsi, la production de ces modèles coûteux, mais payants, sera transférée ailleurs.

GM a donc pris la décision difficile qu’elle devait prendre, celle de mettre fin aux lignes improductives. Moins d’usines permettront à GM d’économiser 6 milliards $ par an à partir de 2020. La nouvelle, on le devine, a été fort bien accueillie sur les marchés boursiers alors que l’action de GM a augmenté de 5 %. 

Mais devait-elle fermer l’usine pour autant ?

Une chose est certaine, l’industrie automobile subit une profonde transformation ces années-ci avec l’émergence des véhicules électriques et autonomes. GM a quelques années de retard à rattraper sur ses compétiteurs et elle ne gagne rien à attendre indûment. 

Les seuls véhicules dont les ventes fonctionnent bien sont les multisegments et les camions, mais dans ce dernier cas, il y a surcapacité de production ailleurs. Les autos de modèle sedan classique ne se vendent plus.

La seule option sur la table, c’est la conversion de l’usine d’Oshawa vers ces modèles électriques et autonomes, mais les coûts sont d’habitude faramineux quand vient le temps de modifier les chaînes de montage. 

Nous sentons que c’est l’option que favorise le syndicat Unifor, qui représente l’essentiel des gens de GM à Oshawa. 

Hier, le leader syndical Jerry Dias se promettait bien de ne pas laisser GM fermer l’usine en invoquant une clause de leur dernière convention collective. Cela demeure leur principale option ; Unifor a l’avantage du temps de son côté puisque la fermeture n’aura pas lieu avant 13 mois.

Il faut regarder de ce côté.

Au moins M. Dias offrait à ses travailleurs un espoir, ce que le premier ministre Doug Ford ne fait pas. Ce dernier a parlé avec les patrons de GM, dimanche, et leur a demandé si quelque chose pouvait être fait. Quand ils ont dit non, il a compris que c’était fini. Là, il se bat avec le fédéral pour hausser de 45 à 50 le nombre de semaines d’assurance-emploi que ces travailleurs pourront réclamer... Rien de réjouissant. 

Son homologue fédéral Justin Trudeau est demeuré vague. 

Y a-t-il un parallèle à faire avec Bombardier, un autre géant qui a récemment annoncé d’intenses coupures ? Oui. Car de fortes plaintes se sont fait entendre, au début de novembre, devant les coupes de 5000 emplois, dont 2500 au Québec. Bombardier est accro aux mamelles de l’État subventionnaire, ce qui déplaît à plusieurs. GM n’a eu d’aide que lors de la crise financière de 2009 (et il lui reste 1 milliard $ de passif qu’il ne remboursera jamais). Là, c’est l’Ontario qui écope. Les Québécois devraient être beaux joueurs et se montrer solidaires avec les employés de General Motors.