Drapeau en berne à la Tour de la Paix à Ottawa

Incrédulité

ÉDITORIAL / Le Québec est sous le choc depuis dimanche soir, depuis cette ignoble attaque sournoise à la Grande mosquée de Québec qui a pris six vies humaines d'un seul coup. Le Canada compatit parce que depuis l'attaque de Michel Zehaf-Bibeau, nous avons tous réalisé que personne n'était à l'abri, nulle part, même dans une ville paisible comme Québec.
Zehaf-Bibeau, c'est ce loup solitaire qui a attaqué le Parlement à Ottawa, une irruption qui ne pouvait être que suicidaire dans ces lieux sous haute surveillance. Cette attaque a marqué pour deux raisons : il a fauché la vie d'un militaire abattu froidement dans le dos tandis qu'il gardait le Cénotaphe, avant de tourner son attention vers l'édifice du Parlement.
Il a aussi éveillé toute la classe politique qui était ciblée, dans un lieu où la violence est mise de côté à la faveur de la parole, de l'échange et du respect des points de vue de tous.
Le Centre culturel islamique de Québec n'est pas moins symbolique. Tout lieu de culte est un espace de recueillement, de prière, de paix. Comme un Parlement, il s'agit là aussi d'une autre forme de sanctuaire qui s'oppose à toute violence.
L'attaque a donné lieu à une réaction unanime de choc et de dégoût de la classe politique au Canada. Régis Labeaume, Philippe Couillard et Justin Trudeau ont témoigné unanimement que toute la société d'ici, de Québec jusqu'au fédéral en passant par le Québec, était aux côtés de la communauté musulmane pour l'aider à traverser cette douloureuse épreuve et lui rappeler qu'elle était chez elle, à Québec.
Vingt-quatre heures après la fusillade, les questions fusent. Si nous connaissons l'identité du suspect, Alexandre Bissonnette, un étudiant de l'Université Laval, nous ne connaissons rien des motivations qui l'habitaient, si même il y avait un sens derrière l'expression de sa violence. Nous ne pouvons que faire des suppositions et des extrapolations. 
Nous poserons par ailleurs plusieurs questions sur la capacité d'un jeune homme de mettre la main sur les armes que le suspect possédait, ce qui renouvèlera l'appel de plusieurs pour un contrôle plus serré des armes au Canada, ou au Québec à tout le moins.
Mais le quotidien, même effroyable, déborde dans l'arène politique malgré les mises en garde.
Le débat sur la laïcité et l'intégration des immigrants a passionné les Québécois depuis une dizaine d'années. Le territoire identitaire est cher aux politiciens qui veulent afficher leur nationalisme comme l'ont fait les leaders de l'opposition Jean-François Lisée et François Legault. Ils ont cependant nié tout amalgame facile.
L'autre qui s'en est mêlé, et d'incroyable façon, c'est le nouveau président des États-Unis, Donald Trump. Par la voix de son secrétaire de presse Sean Spicer, il a voulu justifier les mesures de contrôle des frontières américaines par l'attentat de Québec. M. Spicer a justifié le resserrement aux accès, en fin de semaine, par la nécessité de se protéger contre des attaques terroristes. Ignorait-il que le suspect était un Québécois de souche ? Et les victimes, des musulmans ? Lisait-il son texte à l'envers ? Nous voyons bien là que l'administration Trump claironnera ce qu'elle veut pour rationaliser ses décisions, quoi que les faits démontrent. 
Au-delà de la récupération politique, le Québec se remettra de la violence gratuite d'un être illuminé, ou malade. Mais il n'oubliera jamais, comme Ottawa n'oubliera pas Michel Zehaf-Bibeau.