Donald Trump s'est servi d'une des plus impressionnantes tribunes du monde, l'Assemblée des Nations-Unies, pour décocher des paroles belliqueuses à l'endroit de la Corée du Nord... et quelques autres au passage, il semble avoir des insultes plein sa besace.

Inacceptable rhétorique guerrière

ÉDITORIAL / Donald Trump s'est servi d'une des plus impressionnantes tribunes du monde, l'Assemblée des Nations-Unies, pour décocher des paroles belliqueuses à l'endroit de la Corée du Nord... et quelques autres au passage, il semble avoir des insultes plein sa besace.
Il a menacé le pays de Kim Jong-Un de « destruction totale », dénigrant le dictateur en l'affublant du surnom de « Rocket Man ». 
Le vocabulaire employé et le ton utilisé par le président des États-Unis sont indignes de la fonction qu'il occupe, et indique des Nations-Unies qui l'ont reçu. 
Rappelons que les Nations-Unies, fondées en 1945 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, travaillent à la paix dans le monde. 
Ce que le président Trump a fait est une insulte à l'Organisation des Nations-Unies et à sa mission. Certes, elle n'est pas sans faille. Fortement décentralisée, avec 15 agences avec des degrés d'autonomie divers, pas même le secrétaire général n'a le pouvoir de tout mettre au pas. Elle a quadruplé en taille et trop de postes de responsabilité sont choisis dans un chassé-croisé de trafic d'influence, plaçant même ironiquement des dictatures à la tête de comités de droits de la personne. Elle a des forces de maintien de la paix dans une quinzaine de terrains de conflit dans le monde, et tente de subvenir aux besoins fondamentaux de dizaines de millions de réfugiés. Tous les pays contribuent à son financement de 5,5 milliards $ en proportion de leur richesse : le Canada paie 2,9 % de la facture, les États-Unis, 22 %, plus de 1 milliard $ donc. Le financement des Casques bleus, plus important encore, relève d'une enveloppe séparée qui s'ajoute donc à la facture de chacun des pays.
Cela fait des années que Donald Trump peste contre le coût des Nations-Unies, et de la quote-part de son pays. Ces reproches ont été clairement énoncés pendant sa campagne électorale et cela est de bonne guerre.
Mais tenir un langage belliqueux devant les Nations-Unies ? Référer à la « destruction totale » d'un pays membre, aussi dérangeant soit-il ?
Voilà qui est indigne des Nations-Unies, et indigne de la présidence des États-Unis.
Nous nous sommes rapidement habitués au ton insultant des communications de M. Trump, que ce soit lors de discours devant ses supporters survoltés, ou par des tweets délirants. Cela illustre bien combien l'institution qu'est la présidence des États-Unis en a pris un coup depuis son arrivée au pouvoir. 
Cette fois, Donald Trump en a rajouté une couche. Son discours était savamment écrit, réfléchi, étudié. Il a assurément traversé plusieurs niveaux d'approbation par des spécialistes des relations internationales qui ont dû avertir le président du poids de son intervention. Cela indique combien les plus sérieux conseillers de la Maison-Blanche en sont rendus à des rôles insignifiants sous cette administration Trump qui se croit tout permis. 
On se serait cru à l'époque où Mahmoud Ahmadinejad, président de l'Iran, avait un discours intolérant à l'endroit des États-Unis ou des « sionistes » d'Israël, ou lorsque Mouammar Khadafi est apparu en 2009. Ces paroles émanaient de régimes totalitaires. Mais des États-Unis ?
En comparaison, Justin Trudeau a été un modèle de retenue et de diplomatie. Accusé de ne pas être prêt à la fonction de premier ministre du Canada par Stephen Harper, il fait preuve du contraire. Il a invité à une « désescalade » des menaces et qualifié le conflit américano-coréen de « menace à la paix mondiale ». On ne peut dire plus vrai, et décrier avec suffisamment de véhémence la rhétorique guerrière de Donald Trump.