Voilà que moins d’un an après l’élection, le gouvernement considère augmenter le nombre d’immigrants. Il propose de passer le nombre à 43 000 en 2020, à 46 000 en 2021, puis à 51 000 en 2022. Il ne s’agit encore que de cibles floues, dit le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette.

Immigration : il faut l’augmenter

ÉDITORIAL / Le gouvernement de la Coalition avenir Québec souffle le chaud et le froid sur les questions d’immigration. D’un côté, il a diminué la cible de 50 000 à 40 000 immigrants, et de l’autre, il explore déjà la possibilité de la ramener à 50 000 d’ici l’échéance électorale de 2022. Pendant ce temps, le Québec Inc. réclame au moins 60 000 immigrants par an !

L’abaissement de la cible d’immigration avait fait grand bruit, et pour cause. 

Les plus critiques accusaient le parti de François Legault d’intolérance. 

L’objectif était d’accepter moins d’immigrants, mais de mieux s’en occuper. 

Par le résultat électoral net en faveur de la CAQ, les Québécois avaient conclu qu’ils étaient en accord avec ce virage politique.

Voilà que moins d’un an après l’élection, le gouvernement considère augmenter le nombre d’immigrants. 

Il propose de passer le nombre à 43 000 en 2020, à 46 000 en 2021, puis à 51 000 en 2022. 

Il ne s’agit encore que de cibles floues, dit le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette, car il vient d’entrer dans une phase de consultation. 

Il ne fera connaître ses intentions finales qu’en novembre.

Mais déjà, le sens de ses interventions est clair. Il proposera une remontée graduelle des seuils d’immigration, jusqu’à ce que le Québec n’atteigne le niveau qu’il avait en 2018, lors de l’année électorale.

Cela laisse poindre que la CAQ n’avait utilisé l’immigration que comme un attrait électoral, et que maintenant que le parti est fermement au pouvoir, le ministre Jolin-Barrette haussera les seuils d’immigration pour les ramener au niveau de ceux du Parti libéral.

Mais cela ne fait pas l’affaire du Québec Inc. qui réclame à cor et à cri un relèvement de ces cibles d’immigration. 

Le voilà qui lance des appels à en recevoir 60 000 par an, voire 78 000 !

Leur raison est claire : il y a un grave manque de main-d’œuvre au Québec. Quelque 120 000 emplois resteraient vacants dans la province et devant la baisse de la natalité, l’immigration serait la voie royale pour y répondre. 

C’est le message que doivent livrer en chœur, cette semaine, la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain, la Fédération des chambres de commerce du Québec, ainsi que le Conseil du patronat du Québec.

Le Québec n’est pas seul maître de l’immigration. 

Environ 40 % de l’immigration est choisie par le fédéral selon les critères de la réunification des familles et des réfugiés, notamment. 

Ce qui reste quand même 60 % des immigrants à être sélectionnés par le Québec. 

Ça, ce sont les immigrants économiques, et c’est du ressort du Québec, seule province à avoir obtenu cette autorité après de longues négociations avec Ottawa. 

(Mais le programme des travailleurs étrangers temporaires, lui, demeure de compétence fédérale, comme quoi ce dossier fédéral-provincial s’avère complexe à souhait.)

L’appel unanime des chambres de commerce ne doit pas tomber sur des oreilles sourdes. Partout, aux quatre coins du Québec, se dressent des affiches « Nous embauchons ». 

Ce n’est pas un phénomène isolé, mais bien généralisé.

Il y a des campagnes de séduction des travailleurs étrangers qui sont menées dans les pays francophones, avec un succès marqué. 

La pénurie de main-d’œuvre est bien réelle et le gouvernement de la CAQ a pas mal tous les outils en main pour y répondre favorablement. 

Il doit y voir rapidement et augmenter sa cible d’immigration plus rapidement que ce qu’il laisse entendre. 

La santé économique du Québec en dépend.