Il faut rebâtir la voix francophone

La vigueur anti-francophone et antisémite de l'ex-mairesse d'Ottawa, Charlotte Whitton, a finalement eu le meilleur sur Jim Watson. Le nouveau maire a finalement retiré son appui à la proposition d'immortaliser Mme Whitton au futur Centre des archives de la Bibliothèque d'Ottawa. Les communautés juives et francophones ont parlé ; M. Watson a écouté. Bravo. Maintenant, on se demandera ce qui l'avait fait s'entêter à ce point sur ce dossier.
Entre-temps, l'autre tempête autour de la francophonie à l'hôtel de ville d'Ottawa s'est calmée. Elle opposait le nouveau conseiller du secteur Rideau-Vanier, Mathieu Fleury, et le vétéran Bob Monette, du secteur Orléans. Les deux se querellaient à propos du « caucus francophone ».
Il fut une époque pas si lointaine où Ottawa pouvait compter sur un « réel » caucus francophone autour des Georges Bédard, Jacques Legendre, Madeleine Meilleur, Michel Bellemare, etc. Depuis le scrutin d'octobre 2010, le caucus francophone n'est plus l'ombre de lui-même. On ne sera pas surpris d'apprendre qu'il ne s'est pas encore rencontré...
Outre M. Monette, le caucus réunit les conseillers suivants : Stephen Blais (au français approximatif), David Chernushenko (un anglophone qui parle bien français), Rainer Bloess (un francophile qui se débrouille en français). Steve Desroches, un francophone de naissance, ne souhaiterait pas en faire partie. Il soutiendrait en coulisse que son secteur de Gloucester-Nepean Sud compte trop peu de francophones pour que ça en vaille la peine (!).
Bref, sans M. Fleury, le caucus francophone faisait pitié. Ses quatre rencontres qui sont prévues à chaque année se seraient sans doute déroulées en anglais. Belle représentation !
Les arguments du conseiller Fleury avaient du sens : il préférait une véritable commission municipale à un simple caucus aux pratiques informelles.
L'idée de court-circuiter toute l'étape du caucus et créer une commission des affaires francophones se défend. Sous Larry O'Brien, ça aurait été impossible puisque l'ex-maire n'y voyait pas l'intérêt. M. Watson ? Il n'y verra un intérêt que si la communauté francophone réclamait sa propre commission à hauts cris... et qu'il avait absolument besoin de ces appuis politiques pour être réélu. Autant ne pas y croire.
Il fut une époque où les conseillers francophones siégeaient au comité consultatif sur les services en français. Décision a été prise il y a plusieurs années d'isoler les élus de ce comité ; ils en deviendraient les porte-étendards au conseil.
Le comité fait toujours son travail ; rien n'y cloche. C'est plus loin que ça commence à boiter. Cela dépend en partie de la structure municipale en place, et en partie de l'identité des personnes en place. Une chose est sûre : sans Mathieu Fleury, qui représente entre autres le secteur Vanier, le caucus francophone perdait presque tout son sens.
Certes, un caucus qui travaille en secret n'a pas la légitimité d'une structure ouverte, reconnue, organisée. Mais le caucus n'est pas un joueur eunuque pour autant. Le caractère privé de certains échanges peut parfois être bénéfique. Cette discrétion ne doit pas servir à avancer des idées contraires à l'intérêt public, plutôt de le faire dans l'intérêt public mais par d'autres voies. La légitimité des projets ne doit pas être escamotée pour autant. Pour le moment, M. Fleury doit se contenter du caucus dans sa forme actuelle. C'est une leçon de realpolitik pour ce politicien de 26 ans qui en est à ses premières armes en gouvernance publique.
Pour le reste, la communauté francophone doit continuer de parler d'une seule voix. Le résultat électoral d'octobre 2010 a diminué son importance à la table du conseil. Elle doit en prendre acte et poursuivre son travail. Utiliser les structures existantes et les bonnes volontés des conseillers francophones et francophiles. Le rôle de M. Fleury au sein du caucus s'inscrit ici. Puis la communauté francophone d'Ottawa doit prévoir l'avenir. Comme elle devrait commencer à courtiser des francophones afin qu'ils préparent leurs candidatures pour la prochaine élection municipale. Parce que nous voyons bien, avec cette querelle sur le caucus, la faiblesse politique d'une communauté qui ne se reconnaît pas dans ses élus, même si ceux qui sont là ne militent pas contre ses intérêts.