Le premier ministre Justin Trudeau répète qu’il veut défendre les intérêts de la classe moyenne.

Il faut protéger les retraités

ÉDITORIAL / Le premier ministre Justin Trudeau répète qu’il veut défendre les intérêts de la classe moyenne. Cet objectif louable doit se concrétiser aussi par la protection des retraites des travailleurs — dont beaucoup font partie de cette classe moyenne.

Chaque année, des faillites réduisent considérablement les pensions promises à leurs anciens employés, de 25, 35 ou même 40 %, sans parler de l’annulation des programmes d’assurances collectives. C’est arrivé à quelque 20 000 chercheurs de Nortel Networks à Ottawa et ailleurs, aux travailleurs de Papiers Fraser à Thurso ou ceux d’AbitibiBowater à Gatineau. Présentement, environ 18 000 employés des magasins Sears partout au Canada ont été confrontés à cette perspective après que le commerçant ait annoncé qu’il fermait tous ses magasins au pays. 

Les retraités n’apprennent souvent trop tard que leurs caisses de retraite souffrent de larges déficits. Celle de Sears est 267 millions $ dans le rouge. Chez Papiers Fraser, 171 millions $ manquaient pour que l’entreprise honore ses engagements envers ses anciens employés. Ils perdront plusieurs recours sur cette dette sur papier que ne peuvent juste pas combler les entreprises en faillite.

Le fédéral ne doit pas permettre que de tels cas se reproduisent. 

« Lorsqu’ils étaient dans l’opposition, les libéraux avaient promis de modifier les lois sur la faillite pour protéger les retraités. Mais ils n’ont rien fait depuis », a accusé le député Scott Duvall, critique en la matière au sein du Nouveau Parti démocratique. 

La première mesure consiste à augmenter la protection des retraités dans le cas de faillites. Dans l’ordre actuel des choses, créanciers garantis, créanciers prioritaires, fiducies présumées, détenteurs d’hypothèques légales et administrateurs de la faillite (le syndic) se servent avant de repayer les créanciers ordinaires. C’est ainsi que les travailleurs de Sears craignent ne jamais revoir l’ombre des 267 millions $ qui manquent pour qu’ils reçoivent les pensions qui leur ont été promises. 

Une autre mesure serait d’étudier la gestion des entreprises avant la faillite. 

Dans le cas de Sears, M. Duvall rappelle que les actionnaires se sont votés un dividende exceptionnel de 5 $ l’action en novembre 2013. Les ventes venaient d’augmenter pour la première fois en cinq ans mais plusieurs magasins et des centaines d’emplois disparaissaient déjà. Les indices du ralentissement sautaient aux yeux. Ce dividende huit fois plus important qu’avant a permis aux investisseurs de soutirer 453 millions $ des coffres de Sears, argent dont le détaillant aurait eu grandement besoin depuis. Y a-t-il eu manipulation des réserves pour garantir un rendement aux actionnaires au dépens des travailleurs ? On peut le croire et on doit faire la lumière sur de tels soupçons.

Navdeep Bains, le ministre fédéral de l’Innovation au sein du cabinet Trudeau, a confié que son gouvernement était ouvert à légiférer pour protéger les pensions des Canadiens dans les cas de faillites.

Souhaitons que ces paroles passent de l’ouverture à l’engagement. Les travailleurs ne doivent pas être la dernière considération des sociétés faillies. Avec des pensions réduites, souvent sans autre assurance, ces victimes innocentes pourraient se retrouver à la charge de l’État, ou dit autrement, à la charge de tous les contribuables canadiens. Et ils risquent de l’être pendant des décennies, pendant que des investisseurs parfois véreux et des créanciers garantis rient dans leur barbe de l’avoir échappé belle encore une fois en flouant non pas la lettre de la loi sur l’insolvabilité, mais la moralité d’un système injuste pour des travailleurs dévoués.