La candidate à la direction du Parti québécois Martine Ouellet.

Il faut choisir: Québec ou Ottawa?

ÉDITORIAL / Samedi, le Bloc québécois décidera des modalités pour choisir leur prochain chef. Ils pourraient se dépêcher et tenir une course dans les prochains mois, ou ils pourraient attendre jusqu'en 2018. D'une manière ou d'une autre, il semble bien que Martine Ouellet sera sur les rangs.
Que cette députée du Parti québécois pense se lancer dans l'arène fédérale ne surprend pas grand monde. Elle a dit qu'elle ferait savoir sa décision après le conseil général du Bloc, en fin de semaine.
Mais dans une annonce qui a pris par surprise, Mme Ouellet a confié il y a plusieurs semaines qu'elle songeait à cumuler les deux postes, si elle était choisie : chef du Bloc à Ottawa, et députée à Québec. Voilà qui est inacceptable. Le cumul des fonctions n'existe plus depuis plusieurs décennies et ce n'est pas une bonne idée de ramener le concept par la porte d'en arrière. Inévitablement, la population conclura qu'elle sacrifie une partie de ses énergies et de son talent à un bout ou l'autre de l'autoroute Transcanadienne.
Car Mme Ouellet n'envisage pas de se faire élire sous la bannière du Bloc québécois ; elle croit qu'elle peut demeurer députée et diriger le Bloc. Laquelle des deux tâches ferait-elle à distance ? Personne ne le sait. Mais si nous étions électeurs de la circonscription de Vachon, qu'elle représente depuis 2010, nous serions plus qu'outrés de nous contenter d'une députée à temps partiel, mais rémunérée à temps plein. C'est elle qu'ils ont élu, pas des employés d'un bureau politique à l'efficacité douteuse.
Quoi qu'elle en dise, les Québécois verraient d'un très mauvais oeil cette double fonction. Les politiciens ont déjà mauvaise presse, ils nourrissent déjà un fort cynisme parce qu'ils ont de la difficulté à tenir leurs promesses électorales. La réflexion de Mme Ouellet ne ferait qu'encourager davantage cette suspicion des électeurs. Que ce soit vrai ou faux, cela donnerait l'impression que Martine Ouellet est plus intéressée à peaufiner son parcours politique qu'à défendre les intérêts des gens qui l'ont envoyée à l'Assemblée nationale.
Deux fois au cours des 20 derniers mois a-t-elle subi la défaite dans une course à la direction du Parti québécois. En mai 2015, elle a fini au troisième et dernier rang lorsque Pierre-Karl Péladeau l'a emporté. Elle a récolté à peine plus de 13 % des voix. En octobre dernier, elle a une fois de plus terminé en troisième place, avec moins de 18 % des appuis des membres du PQ. À chaque fois, elle incarnait la ligne dure du parti, bien décidée à mener le Québec sur la voix d'un référendum dans les plus brefs délais. Depuis que Jean-François Lisée l'a emporté, il y a raison de croire que Mme Ouellet et son option sont clairement sur la voie d'évitement au sein du PQ.
En ce sens, le Bloc s'avérerait une porte de sortie honorable pour une souverainiste pressée qui peine à se reconnaître dans le PQ attentiste de M. Lisée.
Plusieurs élus sautent d'un ordre de gouvernement à un autre, selon leurs intérêts et les occasions qui se présentent. Parfois, ils se lancent dans une course sans abandonner leurs fonctions électives ; ils se servent de la politique comme sautoir vers une victoire, ou comme coussin absorbant en cas de défaite. C'est déjà à la limite de l'acceptable. De sauter vers Ottawa sans quitter son parachute à Québec, voilà qui relève de l'inacceptable et de l'indéfendable.