Près de 200 000 enseignants de l’Ontario sont sortis en masse, hier, pour protester contre la lenteur des négociations avec le gouvernement.

Grève des enseignants en Ontario: l’entêtement des conservateurs

ÉDITORIAL / Près de 200 000 enseignants de l’Ontario sont sortis en masse, hier, pour protester contre la lenteur des négociations avec le gouvernement. Ils ont, de façon générale, l’appui des parents, face aux conservateurs de Doug Ford qui n’ont toujours pas su gagner leur appui.

Les enseignants ont maintenu l’approbation des parents en mesurant leurs moyens de pression : ils avertissent la population plusieurs jours à l’avance, de manière à ne prendre personne par surprise. Ainsi, les parents « planifient » chaque journée de grève. Cela ne leur plaît pas outre mesure, mais l’inverse les décourage davantage.

Cette étape découle d’une gradation des moyens de pression qui se sont durcis vendredi, alors que les quatre syndicats sont sortis dans la rue simultanément, provoquant des protestations devant l’Assemblée législative de l’Ontario.

Tant que les quatre syndicats qui représentent le milieu de l’éducation fonctionnent ainsi, ils garderont l’approbation des parents.

Jusqu’à quand, c’est la grande question. Le gouvernement conservateur n’a pas réussi à convaincre les parents de leur transférer leur allégeance. L’administration de Doug Ford demeure suspecte. Elle a changé son fusil d’épaule sur la question de l’autisme et sur l’Université de l’Ontario français ; les enseignants doivent se dire qu’ils n’ont qu’à endurer quelques semaines de moyens de pression pour faire plier le gouvernement…

Somme toute, l’enjeu des négociations paraît relativement trivial. L’État ontarien désire imposer un plafond aux augmentations de salaire à 1 %, alors que les syndicats exigent 2 %. Nous ne parlons pas ici d’un écart infranchissable. Si le gouvernement tient mordicus à ces hausses limitées à 1 %, il y a des manières de contourner cela par des primes diverses, des reports d’augmentation, etc., qui donneraient à chacune des parties l’illusion d’avoir gagné, ou de ne pas avoir trop capitulé.

Deux autres points en litige empêchent une résolution de ce conflit. Les enseignants s’opposent à la volonté de l’Ontario d’augmenter la taille des classes de 22,5 à 25 élèves en moyenne. Cette hausse vaudrait de la 9e à la 12e année du secondaire. Là aussi, ce n’est pas un élément sur lequel des négociations achoppent, normalement. Encore là, il y a des manières d’éviter un conflit, comme en échelonnant une hausse partielle, disons de 22,5 à 24 élèves par classe, sur deux ou trois années. Puis, il y a la volonté du gouvernement de forcer les élèves à suivre deux cours en ligne dans leur cursus d’éducation. Et pour une troisième fois, ce n’est pas un thème sur lequel des pourparlers s’interrompent.

Finalement, les trois éléments de discorde ne s’avèrent pas majeurs. Il y a, du côté du gouvernement et du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, une obstination qui soulève des questions. Sur chacun de ces éléments, des ententes ne devraient pas être trop difficiles à atteindre. Sans pour autant céder sur toute la ligne.

Nous ne sommes tout de même pas en 2012 alors que le gouvernement libéral de Dalton McGuinty tentait d’imposer un gel salarial aux enseignants...

Non, il y a dans cette opiniâtreté quelque chose de mystérieux, qui tient davantage de l’entêtement que de la recherche d’une entente satisfaisante pour tous, ou du moins acceptable. Le gouvernement de Doug Ford est impopulaire, et il peut être buté. C’est cela qui semble être vraiment sur la table de négociation, plutôt que les trois points en litige. La démission de Stephen Lecce ne réglerait rien : il doit plutôt passer le message au premier ministre que sa position est intenable.