François Legault et Éric Girard

Généreux, mais prudent

ÉDITORIAL / Le nouveau gouvernement de la Coalition avenir Québec a commencé à tenir ses promesses électorales, et promet de poursuivre cette route au cours des prochaines années. Mais en aura-t-il les moyens ?

Le ministre des Finances Éric Girard a livré un premier budget généreux, mais prudent. Il met l’accent sur les principales priorités de son gouvernement : la taxe scolaire, les maternelles 4 ans, les frais de garde, et les aînés. Il le fait avec précaution, préférant des mesures partielles et progressives. Il ouvre son jeu, mais avec retenue.

Ainsi, le nivelage par le bas de la taxe scolaire coûtera 800 millions $, comme révélé l’an passé, mais le gouvernement de la CAQ n’en créditera que 200 millions $ pour cette première année. Chaque année subséquente inclura la même somme, de manière à ce qu’il se rende à 800 millions $ d’ici quatre ans.

Idem pour les maternelles 4 ans : alors qu’un peu tout le monde ergotait sur la viabilité d’un tel engagement compte tenu des problèmes de locaux et de personnel, le ministre Girard n’en annonce que 250 pour septembre 2019. À un coût de 36 millions $. Pour les centaines d’autres qui doivent couvrir le Québec, il faudra attendre.

Les frais de garde à 8 $ n’étaient qu’un lointain souvenir pour des milliers de familles québécoises, imposées qu’elles étaient à fouiller plus creux dans leurs poches pour trouver jusqu’à 20 $ par jour. Lorsqu’il était en campagne électorale, le premier ministre François Legault avait promis d’y voir, et son ministre des Finances y a vu. Mais encore là, il répartit la baisse des frais de garde sur quatre années, question d’amortir le choc budgétaire. Ainsi, seules les familles qui gagnent moins de 78 000 $ auront droit au tarif à 8 $ ; le seuil sera progressivement haussé.

Le ministre a aussi remis les baisses d’impôt à plus tard, tout comme un éventuel recul de la taxe de vente. Ça viendra… un jour, mais pour les apprécier, il faudra peut-être voter caquiste en 2022 !

En répartissant toutes ses promesses électorales sur plusieurs années, le ministre Girard se donne de la marge de manœuvre pour hausser les dépenses de programmes en santé et en éducation à hauteur de 5,1 et 5,4 %, alors qu’elles étaient à 3,1 % sous les libéraux entre 2014 et 2018. Il a d’ailleurs souligné le beau travail du gouvernement libéral qui l’avait précédé, un geste salutaire.

Cela dit, le Québec poursuivra sa politique de déficit zéro en 2019-2020, une notion périmée au fédéral qui accumule les déficits. Le Québec est en moins bonne posture cependant, avec un ratio dette/Produit intérieur brut de 46,1 %, comparativement à 30.7 % pour le Canada. Le Québec baisse, mais demeure barré à environ 15 % du fédéral.

Somme toute, François Legault a présidé mercredi à un budget bien plus social-démocrate que celui auquel les Québécois auraient pu s’attendre de la CAQ.

On la percevait de centre-droit, certains y voyaient même une parenté avec Doug Ford et son Parti conservateur en Ontario. Oh combien nous en sommes éloignés, à la lueur de ce budget. On reconnaît davantage un François Legault de son époque au Parti québécois, plus interventionniste (comme le 1 milliard $ à Investissement Québec pour prévenir des prises de contrôle hostiles), même un peu vert sur les bords.

Il reste à voir si la CAQ pourra poursuivre ses budgets dans la même veine les prochaines années. La marge de manœuvre sera assurément réduite ; nous verrons alors à quelle enseigne se logera François Legault à ce moment.