Marine Le Pen et Emmanuel Macron

France: place à un duel

ÉDITORIAL / Tout le monde voyait bien que Marine Le Pen, du Front national, serait du second tour de l'élection présidentielle en France. Elle menait dans les sondages d'opinion depuis si longtemps. Et puis, le premier tour a toujours été considéré comme inoffensif : il sert à identifier les deux finalistes. Il est courant pour bien des électeurs de « parquer » leur vote pour un candidat avec lequel ils ont des atomes crochus, mais qu'ils ne voudraient pas voir occuper le fauteuil de la présidence. Ils auront toujours le loisir de changer d'idée dans deux semaines.
En d'autres termes, on vote avec son coeur au premier tour, avec son portefeuille au second.
Et le coeur des Français n'a jamais été à plus de 25 % en faveur du Front national, un parti anti-immigration dont ils ont un peu honte. Le FN tente de jouer la carte nationaliste : « La France aux Français ! » Ceux qui ne sont pas nés en France, qui ne portent pas un nom « français », qui sont d'une religion autre (lire : musulman), ils ne sont pas bienvenus. 
Ces sondages entrevoyaient Emmanuel Macron au coude à coude avec Mme Le Pen, et ça, c'était bien plus incertain. La grande interrogation du scrutin de la fin de semaine était justement à ce niveau : cristalliserait-il ces intentions de vote ? Est-ce que les deux autres candidats à quelques points derrière, François Fillon, de la droite, ou Jean-Luc Mélenchon, de la gauche, pourraient faire tromper les maisons d'opinion ? Surtout qu'elles ont tellement mauvaise presse depuis le vote du Brexit en Angleterre ?
Finalement, non. MM. Fillon et Mélenchon ont rapporté un score identique aux coups de sonde et le deuxième tour opposera donc M. Macron, un nouveau visage de la politique française, à Mme Le Pen, qui a repris le Front national de son père.
La campagne électorale française ne repart pas à zéro. Mais l'attention ne sera maintenant focalisée que sur deux personnes, deux programmes. Il n'y aura plus toutes ces voix discordantes de candidats extrémistes pour créer du frottement sur la ligne. Mais les programmes seront-ils plus clairs pour autant ? Il faut le souhaiter. 
Vu de l'étranger, les campagnes ont porté beaucoup, jusqu'ici, sur des généralités. La France, endettée de 2200 milliards d'euros - cinq fois celle du Canada pour le double de la population -, a besoin d'un redémarrage économique, d'un plan pour une réduction du déficit, etc. M. Macron a misé beaucoup sur le flou d'une campagne centriste, une gouvernance inhabituelle dans une France habituée à osciller entre la gauche et la droite. Et sur son apparence généreuse, sur son charisme qui attirera, il est certain, des références avec le premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Les deux incarnent, il est vrai, une nouvelle génération en politique. Nouvelle génération, certes, mais vieil héritage car les deux sont issus de l'establishment qui leur a ouvert des portes.
Le message de Marine Le Pen se limite à la mise en place de mesures pour barrer la route à l'immigration, un discours ancré sur la peur de l'autre, une rhétorique anti-Europe qui fait la part belle aux terroristes. Est-ce que cela suffira ? Il n'en paraît pas à la vue des appels au ralliement derrière M. Macron. Ils ont déjà été lancés par des leaders comme le républicain François Fillon et le président François Hollande.
L'idée des Français est-elle déjà faite ? Nous saurons probablement même avant le vote du second tour...