La ministre de la Culture, des Communications et de la Langue française, Nathalie Roy

Français: il faut un coup de barre

ÉDITORIAL / Dans l’avalanche de statistiques publiées par l’Office québécois de la langue française, la proportion de commerces offrant uniquement un accueil en français a reculé, et de magistrale façon entre 2010 et 2017. Le taux est passé de 84 % à 75 %.

En sept ans. c’est catastrophique.

On s’y attend : l’accueil en anglais a crû de façon notoire, de 12 à 17 % au cours de la même période. Cela confirme les tendances épisodiques rapportées à gauche et à droite sur la difficulté de se faire servir en français au Québec.

Étonnamment, ce n’est pas le « bonjour-hi » qui remporte la palme, puisque son utilisation serait à 8 %, alors qu’elle n’était qu’à 4 % en 2010. Elle a donc doublé en utilisation mais à moins de 10 %, le bonjour-hi est encore un phénomène marginal au Québec.

La plupart des données publiées par l’OQLF recensent des différences de 1 %, parfois 2 %, et ça, c’est lorsqu’il y a eu des modifications de comportement. Alors une chute de neuf points de pourcentage, ça saute aux yeux immédiatement. 

Il n’y a aucune raison de croire, par ailleurs, que le phénomène de l’accueil en français ne se soit estompé depuis 2017.

Ce qui justifierait une réponse musclée de la ministre de la Culture, des Communications et de la Langue française, Nathalie Roy. Mais elle n’avait aucune substance à offrir, après le dépôt du volumineux rapport de plus de 1000 pages, hier. Au mieux un quelconque projet-pilote de formation des allophones en milieu du travail. 

Quand on sait que les immigrants représentent 14 % de la population québécoise, cela se comprend un peu mieux. Par chance, ils ne s’intègrent plus tous aux Anglo-québécois comme avant 1976. De fait, la langue qu’ils parlent à la maison est autre à 39 %, le français à 33 % et l’anglais à 14 %. Le recul de l’anglais est notoire.

Mais cette catastrophe statistique sur le recul de l’accueil en français prend encore plus de sens lorsque mise en parallèle avec l’indifférence marquée des jeunes Québécois sur la question. 

Chez les 18-34 ans, l’indifférence atteint 40 %, ce qui signifie au passage que les jeunes Québécois se balancent pas mal de toutes ces questions sur le français. Comme si la jeune génération s’en foutait. Il y a un phénomène générationnel là-dedans qui sera difficile à contrer. 

Par contre, il y a un gros bémol, et c’est celui de la situation du français de la région de Montréal par rapport au reste du Québec. C’est que le recul de l’accueil en français et l’écart générationnel sur l’indifférence sur le sujet semble principalement marqué à Montréal plutôt qu’en région, et encore, davantage dans l’ouest de Montréal. Si le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’occupe de Montréal, elle réglera bien des irritants.

Cette érosion ne serait pas due qu’à l’apathie générale des gouvernements libéraux avant 2012, et entre 2014 et 2018. Mais cela n’a certes pas aidé. Il est trop tard aussi pour demander des comptes aux libéraux sur le retard de l’OQLF à rendre publiques ces études, prévues tous les cinq ans.

Le gouvernement de François Legault a tout de même une grosse tâche devant lui. Rebâtir l’attractivité du français s’avère une mission ardue, surtout avec les pressions des forces d’immigration. Il a bien annoncé son intention de réduire les taux d’immigration à 40 000 personnes pour 2019, mais il faut s’attendre à ce qu’ils remontent à 50 000 dès 2020. 

Ce n’est pas avec des demi-mesures que la CAQ y arrivera, et la ministre Nathalie Roy est demeurée trop vague. Il faudra un bon coup de barre.