Le résultat est conséquent avec les sondages qui mettaient les Bleus gagnants par une solide majorité, bien que le vote ait été plus près que le décompte des sièges ne le démontre.

Ford l’emporte ; que fera-t-il ?

ÉDITORIAL / L’Ontario a parlé. Fort. Et ce seront les conservateurs de Doug Ford qui dirigeront la province pour les quatre prochaines années.

La victoire conservatrice n’a pas fait de doute tout au long de la soirée. Grâce au dépouillement électronique, les réseaux de télévision ont pu annoncer la nouvelle dès 21 h 15, à peine quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote...

Le résultat est conséquent avec les sondages qui mettaient les Bleus gagnants par une solide majorité, bien que le vote ait été plus près que le décompte des sièges ne le démontre. Les conservateurs ont dominé par environ 6 points de pourcentage. Au niveau des sièges, ils ont devancé les néo-démocrates par une trentaine de sièges toute la soirée.

Les libéraux de Kathleen Wynne ont été balayés de la carte électorale. Ils ont fini avec moins de 10 sièges, leur pire résultat de l’histoire. Ils passent ainsi du pouvoir à un statut de parti non officiel à l’Assemblée législative de l’Ontario. Un lessivage qui rappelle celui des conservateurs fédéraux de 1993, à l’époque de Kim Campbell, où leur majorité à la Chambre des communes avait fondu à à peine deux sièges. Cette déconfiture, Mme Wynne l’avait prévue, lançant même la serviette cinq jours avant le vote, dans l’espoir de sauver les meubles... et les sièges de quelques libéraux de plus. Il reste à voir si cette stratégie a fonctionné. Cela a pu sauver les sièges du triumvirat libéral qui a pu soutirer des victoires dans l’Est ontarien, ceux de Marie-France Lalonde, dans Orléans, de John Fraser, dans Ottawa-Sud, et dans une moindre mesure, celui de Nathalie Des Rosiers, dans Ottawa-Vanier.

Les néo-démocrates devraient sortir regaillardis de cette journée de vote. Si certains pleurent une occasion ratée de prendre le pouvoir pour la première fois depuis 1990, ils ont tout de même doublé le nombre de sièges à Queen’s Park et forment maintenant l’Opposition officielle.

Andrea Horwath a mené une solide campagne, mais a manqué de jus vers la fin.

Doug Ford a réussi son pari : il a gagné l’investiture bâclée de son parti en mars, après que Patrick Brown ait quitté sous le voile d’accusations d’inconduite sexuelle. Il a mené une campagne controversée, refusant de livrer un portrait financier complet de son programme. Mais il s’est ajusté en chemin. Ses premiers pas étaient tout Doug Ford ; il a intégré des gens de son équipe, des piliers comme Christine Elliott et Caroline Mulroney par exemple, ce qui a stoppé l’hémorragie. Il a aussi modéré son discours, délaissant les phrases empruntées à Donald Trump pour d’autres bien plus conciliatrices.

La pression sera tout de même sur ses épaules pour livrer des économies aux contribuables, pour réduire les tarifs d’électricité, et mettre fin au contrat de « l’homme de 6 millions $ », le patron de Hydro One. Ce sera plus difficile à faire qu’à dire, mais il n’est pas obligé de tout livrer en même temps. Il peut décaler des engagements au fil de son mandat.

Ce que cela signifie pour les Franco-Ontariens ? Difficile à dire à ce moment-ci. À première vue, cette cuvée conservatrice ne doit pas être confondue avec celle de Mike Harris, en 1995. Du moins, pas en apparence. M. Ford s’est dit l’ami des francophones, mais il reste à voir comment il dirigera l’Ontario. Il faudra surveiller les dossiers de l’éducation, particulièrement l’Université de l’Ontario français, de même que l’objectif de 5 % d’immigration francophone. Il a appuyé ces initiatives, mais dans des termes très généraux qui lui donneront pas mal de marge de manœuvre.

Pour le reste, c’est le début d’une nouvelle ère en Ontario, après 15 années de règne libéral.