Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
Le premier ministre ontarien Doug Ford est venu à la rencontre du maire d'Ottawa Jim Watson vendredi.
Le premier ministre ontarien Doug Ford est venu à la rencontre du maire d'Ottawa Jim Watson vendredi.

Ford giflé par la vérificatrice

ÉDITORIAL / La vérificatrice générale de l’Ontario a livré une salve blessante à l’endroit de Doug Ford et de son gouvernement progressiste-conservateur. Malheureusement, le premier ministre de l’Ontario prend encore les choses à la légère.

Bonnie Lysyk a conclu qu’en Ontario, « dans l’état actuel des choses, le plan n’atteindra vraisemblablement pas sa cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre ». Selon l’accord de Paris, l’Ontario devrait les réduire, d’ici 2030, de 30 % par rapport à 2005.

En chiffres absolus, la province devrait réduire ses émissions de 17 600 000 de tonnes de GES, soit 17,6 mégatonnes. Mais en accord avec le plan de l’Ontario, la réduction sera entre 6,3 et 13 mégatonnes. 

L’honnêteté et la probité de la vérificatrice générale ne doivent pas être remises en question. Ses observations sont toutes vérifiées, puis validées avec le gouvernement avant d’être rendues publiques. Nous ne pouvons que regretter que son discours soit persillé de mots qui sèment le doute, comme « vraisemblablement » et l’usage des verbes au conditionnel. 

Par exemple, le gouvernement estime être en mesure d’abaisser les émissions polluantes de 2,6 mégatonnes en raison de la popularité des véhicules électriques. Mais la vente d’autos électriques en Ontario est en forte baisse depuis l’élimination du rabais de 8000 $ à 14 000 $ annoncé par le gouvernement peu après son élection. La vente de ces véhicules a chuté de moitié, à environ 5000 par an. Mais le gouvernement Ford persiste à annoncer qu’il devrait y avoir 1,3 million de véhicules électriques en 2030 : comment le croire quand on coupe les subventions censées en stimuler la vente ? Il a aussi cessé ses appuis au réseau de stations de recharge, tant à la maison qu’au bureau. 

Ce n’est évidemment pas tout. Le gouvernement a aussi éliminé la taxe sur le carbone. Il a investi dans l’infrastructure de gaz naturel. 

Il ne prétend pas le contraire. Doug Ford a assuré que « nous continuerons de travailler fort dans le domaine ». Mais les preuves ne sont juste pas là.

Et puis, les Ontariens devraient attendre 2030 avant de les critiquer bien avant le temps..., a-t-il lancé.

Cette rhétorique ressemble beaucoup à celle des conservateurs fédéraux qui jurent aussi qu’ils seront au rendez-vous de la lutte aux changements climatiques, sans révéler l’ensemble de ce qu’ils feront pour s’y rendre. En dévoilant un train de mesures éparses, ils provoquent de la confusion dans la population qui ne sait plus trop bien ce qu’il en est. 

Une chose est sûre pour les conservateurs : ce ne sera pas par la taxation du carbone que le Canada et l’Ontario y arriveront, pourtant une mesure reconnue comme efficace pour la réduction des gaz à effet de serre (GES).  

Doug Ford se promène en Ontario en se vantant de combien il fait du beau travail, qu’il en reste encore beaucoup à faire, mais sur le plan de l’environnement, il jette lui aussi pas mal de poudre aux yeux. Il tente de faire croire à une réduction des GES, mais elle est beaucoup trop timide pour les objectifs que l’Ontario s’est fixés et pour ceux que la Terre exige.

Par exemple, M. Ford a répété que les 28,5 milliards $ investis dans le transport en commun à Toronto y réduiront de beaucoup la circulation automobile. Cela est vrai et cela demeure une mesure importante, mais parcellaire de la lutte aux GES en Ontario.

Ce sont de telles initiatives qui servent à brouiller le message aux Ontariens. Par chance, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk veillait au grain et démolit le discours de Doug Ford. Mais elle le fait trop gentiment...