Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, s'en est pris financement des associations étudiantes en rendant les frais de celles-ci facultatifs.

Ford bouscule les frais étudiants

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Doug Ford prend maintenant les étudiants dans sa mire. Ses intentions précises sont diffuses, mais le fond de sa pensée est clair : il veut écraser « les illogismes fous et marxistes » que l’on retrouve sur les campus de l’Ontario. Rien de moins.

Là, M. Ford tombe carrément dans le type de langage que tient le président américain Donald Trump. C’est bien là le plus triste.

C’est dans un courrier de financement du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario qu’il a bassement sévi. Dans une lettre type envoyée à ses membres, il décrie la situation : « Nous savons bien quel genre d’illogismes fous et marxistes les associations étudiantes adoptent. Alors nous l’avons réglé. Les frais des associations étudiantes sont maintenant facultatifs. »

Il s’agit de sa deuxième salve sur l’éducation postsecondaire. Le mois dernier, il a réduit les frais d’études de 10 % en 2018-2019... sans pour autant compenser les universités pour le manque à gagner. Nous parlons de quelque 360 millions $ pour le réseau des 21 universités de l’Ontario, et approximativement 35 millions $ pour l’Université d’Ottawa seulement. Il force ainsi les universités à se serrer la ceinture, sans aucun avertissement. Il s’agit là de coupes irréfléchies qui font chambranler l’édifice universitaire.

Parallèlement à l’économie dont il fait profiter les étudiants, il a taillé en pièces le Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFÉO, ou OSAP en anglais). 

Il est vrai que les frais du RAFÉO explosaient. Ils pourraient coûter jusqu’à 2 milliards $ d’ici 2020-2021, selon la Vérificatrice générale de l’Ontario, Bonnie Lysyk. Cette initiative bonifiée par le gouvernement libéral de Kathleen Wynne ne tenait pas la route pour les conservateurs qui sont aux prises avec un déficit de l’ordre de 12 milliards $. On comprend qu’il fallait faire quelque chose, mais les troupes de Doug Ford n’y vont pas avec le dos de la cuillère.

Là, c’est au financement des associations étudiantes qu’il désire s’en prendre. En proposant des coupes sous de faux prétextes. Si certaines associations étudiantes cultivent des idées de gauche, flirtant même avec des idéologies marxistes parfois, M. Ford les dépeint tous d’un même coup de pinceau. Il s’agit d’une grave erreur de jugement de le faire ainsi.

Nous ne disons pas qu’il n’y a pas là de la marge pour effectuer certaines réductions de financement. Tout le monde y passe et les mouvements étudiants ne devraient pas par définition en être exempts. 

Les conservateurs ont annoncé que les programmes d’accompagnement à pied, de santé et de counselling, de sports seraient exempts. C’est un bon départ. Mais ce même coup de pinceau laisse entrevoir des coupures qui pourraient faire très mal. 

Prenez le financement obligatoire d’OC Transpo pour les étudiants des universités à Ottawa (Saint-Paul, Carleton et l’Université d’Ottawa) ainsi que le collège Algonquin. Il est aussi remis en question. Ce programme, baptisé UPass, favorise le transport en commun et décourage l’utilisation de l’automobile : il est largement applaudi. Il se réalise à coût nul depuis 2010. Pourra-t-il être poursuivi ? À quel coût ?

Chaque université fonctionne de manière indépendante, et chaque association étudiante finance les organisations qu’elle veut. Rendre le financement facultatif créera un capharnaüm administratif. Pourquoi appuyer l’un et couper l’autre ? Comment le justifier ? Comment l’administrer ?  

Certaines associations parlent d’une « attaque sur la démocratie ». C’est un peu fort, mais compte tenu des changements potentiels, cela pourrait y ressembler. Pourquoi ? Pour mettre fin à « des illogismes fous et marxistes ». 

Ouf.