Le scrutin de lundi était un référendum sur Justin Trudeau, en quelque sorte.

Finies, les voies ensoleillées...

ÉDITORIAL / Le scrutin de lundi était un référendum sur Justin Trudeau, en quelque sorte. Les Canadiens avaient à se prononcer sur la suite des choses, après quatre années de « voies ensoleillées »... qui se sont vraiment assombries depuis un an. Depuis que l’affaire SNC-Lavalin a éclaté, à l’automne 2018, cela a torpillé les perspectives d’une réélection facile pour M. Trudeau et son Parti libéral. Il a perdu 25 circonscriptions, mais il s’est accroché au pouvoir malgré tout. Il dirigera un gouvernement minoritaire libéral.

Le premier ministre sortant aurait pu trouver une victoire morale dans la défaite de Jody Wilson-Raybould, l’ex-ministre de la Justice qui avait contesté les vœux de M. Trudeau d’accommoder SNC-Lavalin. Ce fut le déclenchement des mauvaises nouvelles pour M. Trudeau, qui voguait allégrement vers une réélection facile à ce moment-là. Mais elle a combattu jusque tard en soirée, pour finalement l'emporter. Sa collègue Jane Philpott n'a pas connu le même sort.

C’est toute une leçon quand même pour les libéraux qui n’auront pas su progresser dans les intentions de vote tout au long de la campagne. Ils ont été nez à nez avec le Parti conservateur du début jusqu’à la fin. Chacun est parti d’environ 33 %, et c’est à peu près là où ils ont terminé.

M. Trudeau a mené une campagne de peur, dans la dernière semaine, dans l’espoir de freiner non plus les conservateurs, mais le Bloc québécois qui articulait une prodigieuse remontée. Cela s’est concrétisé avec 32 députés bloquistes (à 23h15). Cette élection marque leur retour en politique canadienne après avoir été virtuellement effacés de la carte en 2011. Ils n’avaient alors remporté que quatre circonscriptions, puis 10 en 2015. Personne ne savait si cette timide résurgence était le signal avant-coureur d’un retour. C’est maintenant connu que c’était un passage à vide dont le Bloc a clairement émergé en 2019. 

Mais les efforts de M. Trudeau pour contenir le Bloc ont réussi, car ils l’ont contenu à 32 sièges, loin des 40 sièges et plus que certains stratèges jovialistes leur prévoyaient.

Une des choses qui a fait la différence pour les conservateurs, c’est la concentration de leur vote dans les Prairies. Cela ne leur en a pas laissé suffisamment pour faire des gains en Ontario, surtout, et au Québec, marginalement. Ils n’ont pas réussi à élargir leur base de 30 % de l’électorat en présentant de vieilles idées: des baisses d’impôt ciblées, l’annulation de la taxe sur le carbone, des budgets équilibrés d’ici cinq ans. Leur seule étoile de la journée aura été la défaite de Maxime Bernier, chef du Parti populaire du Canada, un petit parti qui s’était séparé des conservateurs. Ce sera vraisemblablement la fin de cette aventure, dont le discours de droite ne fédérait pas suffisamment de Canadiens.

Dans la région d’Ottawa-Gatineau, c’est le statu quo avec l’élection d’une large brochette de libéraux, sauf pour Pierre Poilievre, dans Carleton. Comme si les quatre dernières années ne s’étaient pas passées. Il restait un point d’interrogation: Argenteuil-Petite Nation, où le libéral Stéphane Lauzon combattait avec le Bloc québécois Yves Destroismaisons. Dans Glengarry-Prescott-Russell, le libéral Francis Drouin a devancé le conservateur Pierre Lemieux après 23h.

Finalement, ce fut à peu près comme Le Droit l’espérait, la semaine dernière, avec l’élection d’un gouvernement minoritaire libéral. Il restera à voir avec quels partis les libéraux s’allieront pour gouverner, et combien de temps cette alliance de bons procédés durera. Cela pourrait durer plus que les deux années que l’on donne normalement aux gouvernements minoritaires.