Facebook changera-t-il ?

ÉDITORIAL / L’amende de 5 milliards $ US que les autorités américaines ont imposée à Facebook frappe l’imagination. Cinq milliards $ ! Américains ! Pourtant, ce ne sont que des broutilles pour le plus grand réseau social au monde qui promet bien des choses, mais tarde à les livrer.

Cette amende constitue un record absolu pour une entreprise technologique. 

Mais cela ne représente qu’une fraction des revenus de 56 milliards $ US de la multinationale américaine en 2018, et moins du quart de ses profits de 22,8 milliards $ US. 

L’amende équivaut à environ trois mois de profits, ce qui est considérable, mais qui pourrait ne s’avérer qu’un blip dans son histoire économique.

Car qui sait comment le président et fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, comprendra cette décision de la Federal Trade Commission (FTC) ? 

Comme un avertissement de nouvelles pratiques à mettre en place, ou comme une tape sur les doigts qu’il saura contourner ?

Rappelons qu’en 2012, M. Zuckerberg avait été la cible des sociétés réglementaires à l’effet que Facebook enfreignait ses engagements face à ses utilisateurs à qui mieux mieux. 

Facebook persistait à partager des informations avec des partenaires d’affaires alors que les usagers de Facebook n’en avaient pas donné la permission.

Alors si on pensait que l’amende de 5 milliards $ US suffirait à M. Zuckerberg à imposer à son entreprise de nouvelles habitudes concernant les données de ses utilisateurs, nous pouvons nous tromper. 

Ça n’a pas fonctionné dans le passé et il pourrait continuer ses voies délinquantes dans ce domaine. 

Car une bonne partie du succès économique de Facebook consiste justement à pouvoir partager des informations concernant les usagers avec des tiers parties, ce qui lui rapporte d’importants revenus en raison des publicités ciblées que ces données permettent.

La force du jugement de la FTC, cette fois, repose dans l’obligation personnelle imposée à Mark Zuckerberg « de garantir personnellement, tous les trimestres, que la société s’est conformée à l’accord », a précisé Joseph Simons, président de la FTC. 

Tout nouveau produit ou service devra satisfaire aux critères de respect de la vie privée, y compris pour les sociétés affiliées à Facebook, Instagram et les messageries WhatsApp et Messenger.

Les critiques disent que c’est trop peu, trop tard. Cela semble le cas.

Le risque, c’est que Facebook soit devenue trop grosse pour qu’on l’atteigne. « Too big to fail », dit l’expression anglaise.

C’est aussi le risque avec Google et Amazon, des géants des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et du commerce en ligne. Sont-ils devenus trop puissants ?

Le gouvernement complaisant de Donald Trump, et la menace permanente des sociétés chinoises, réduisent les pressions des sociétés de réglementation de brider les Google, Amazon et Facebook. Google a rapporté des profits de 10 milliards $ US sur des revenus trimestriels de 31,7 milliards US cette semaine, tandis qu’Amazon a affiché des profits de 2,6 milliards $ US sur des revenus de 63,4 milliards $ US au cours du même trimestre. 

Des données faramineuses qui sont exemptes d’impôt par un jeu comptable et des paradis fiscaux.

Seule la France tente de mettre les GAFA au pas, provoquant une réaction épidermique du président Trump, qui a qualifié la décision du président Emmanuel Macron de « stupide », et qu’il songeait à répliquer. 

Il s’agit plutôt d’une décision courageuse du président Macron... que le premier ministre Justin Trudeau devait imiter au plus vite !