Les crues d’avril-mai 2017 ont provoqué un électrochoc chez toutes les victimes d’abord, et tous ceux qui ont collaboré de près ou de loin à alléger leurs souffrances et depuis, à prévenir qu’une autre calamité du genre ne se reproduise.

Enfin une réponse pour les inondés

ÉDITORIAL / Le gouvernement du Québec aura mis six mois avant de permettre une reconstruction de dizaines des maisons les plus affectées par l’inondation du printemps 2017. Ce très long délai n’a pas semblé déranger le maire Maxime Pedneaud-Jobin qui se réjouissait discrètement, hier, de l’annonce du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire. Il a évité de leur jeter la pierre.

Six mois pendant lesquels des Gatinois ont mis leur vie en veilleuse en attendant trop patiemment la permission de Québec de reconstruire. Pourquoi les autorités municipales ont-elles toléré de tels délais ? Pour ne pas froisser « le partenaire » obligatoire qu’est Québec dans tant de domaines ?

Le maire a quand même avancé les bons arguments. Il a rappelé que la valeur patrimoniale certaine du quartier Pointe-Gatineau où certaines des premières maisons de la région ont été érigées. Il y a 150 ou 200 ans, l’évidence était d’aménager une habitation près des cours d’eau, car ils étaient les autoroutes de l’époque ; on ne pensait pas aux menaces de mère Nature de la même manière qu’aujourd’hui. 

Les crues d’avril-mai 2017 ont provoqué un électrochoc chez toutes les victimes d’abord, et tous ceux qui ont collaboré de près ou de loin à alléger leurs souffrances et depuis, à prévenir qu’une autre calamité du genre ne se reproduise. L’ampleur des dommages, à Gatineau, à Montréal et en Mauricie (ainsi que dans l’Est ontarien), a suscité un large débat sur les permis qui avaient été délivrés pour construire des maisons dans les zones inondables 0-20 ans.

Évidemment, bien des propriétaires qui ont vu leurs maisons détruites par l’eau n’avaient pas eu besoin de permission lorsque leurs aïeux ou prédécesseurs se sont installés sur ces terrains fragiles, il y a quatre, cinq générations ou plus. Il n’y avait pas de mises en garde contre de telles inondations : on les savait vulnérables, mais la menace n’était qu’une distante probabilité. Aujourd’hui, le point de vue des gens a beaucoup évolué : peut-être est-ce la sagesse populaire, peut-être en raison des changements climatiques, les Gatinois sont mieux sensibilisés à la perspective d’une autre catastrophe du genre dans un horizon de 20 ans. Ça a l’air beaucoup, 20 ans, mais dans l’histoire d’une ville, c’est demain.

Entre temps, il fallait faire quelque chose pour les familles qui avaient fait de ces zones fragiles leur milieu de vie, il y a des générations passées. Il fallait trouver une solution pour ces familles qui n’avaient rien fait de mal, qui avaient juste perpétué l’occupation territoriale des gens avant eux.

Six mois, c’est bien long. Les appels à l’urgence ont encore mis des semaines avant d’être entendus. Selon le maire, 35 maisons auraient déjà été démolies sur les quatre rues qui ont fait l’objet d’une dérogation collective, annoncée hier. Ce sont les rues Jacques-Cartier, Moreau, Riviera et le boulevard Hurtubise. 

Il est étonnant qu’on ait mis tant de temps pour arriver à une solution de gros bon sens : l’État ne laisse pas les maisons se reconstruire telles quelles. Les nouvelles constructions devront être à l’abri, surélevées, sur des pilotis, ou avec des sous-sols hermétiques. 

L’idée est de redonner vie à ce quartier patrimonial tout en évitant, comme la Ville de Gatineau l’a qualifié, l’effet du fromage gruyère avec des maisons avoisinant des terrains bloqués à perpétuité. Tout en protégeant les contribuables de la responsabilité des ravages de la nature. Pour cette fois, ça ira, mais à l’avenir, il faut prendre ses précautions.