Le ministre des Finances, Bill Morneau

En attendant un réel budget

ÉDITORIAL / Le second budget du gouvernement de Justin Trudeau s'inscrit en droite ligne avec celui qu'il a présenté l'an dernier, avec un bémol cependant : l'incertitude mondiale. Et cela commence par le gros point d'interrogation que représente l'administration de Donald Trump, aux États-Unis, notre principal partenaire économique.
Alors au lieu de proposer un train de nouvelles mesures budgétaires, le ministre des Finances Bill Morneau s'est limité à une seule grande initiative, 11 milliards $ pour une décennie d'investissements en logement social. Personne n'aura été surpris : il y avait déjà les germes de ce programme dans le budget de l'an dernier. Cette fois, le gouvernement fédéral s'y engage pour du long terme.
Pour le reste de son budget, M. Morneau se fie sur les effets que doivent provoquer son programme d'infrastructures de 120 milliards $, annoncé l'an dernier, qui lui aussi se projette sur plusieurs années. Tous en attendent les impacts réels.
Les libéraux souhaitent que les Canadiens partagent leur profession de foi dans un avenir de « voies ensoleillées ». Car une profession de foi, il en faut une pour adhérer à un message politique qui, à 29,4 milliards $, a triplé le déficit promis pendant la campagne électorale de 2015. Et rien n'est encore prévu pour revenir à un équilibre budgétaire. 
D'ailleurs, le ministre Morneau en a remis une couche en prévoyant un déficit similaire en 2017, à hauteur de 28,5 milliards $.
C'est Paul Martin qui doit en frissonner, lui qui avait imposé un remède de cheval dans les années 1990 pour équilibrer le budget fédéral !
Reconnaissons par ailleurs que les libéraux de Justin Trudeau s'attaquent par ailleurs à plusieurs questions sociales qui n'émouvaient pas leurs prédécesseurs conservateurs sous Stephen Harper. Le logement social, l'assurance-emploi, les congés parentaux et la formation de la main d'oeuvre, oui, mais aussi des investissements massifs pour offrir aux communautés autochtones la dignité dont elles ont trop longtemps été privées : éducation de base, logement, eau, formation professionnelle, lutte à la violence, etc.
Mais ce budget s'est dessiné dans une époque d'incertitude qui, de toute évidence, a dicté aux libéraux la prudence, ou même la timidité de moyens, en attendant que s'éclaircisse un avenir obscurci par le régime Trump, l'avenir du traité de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, les impacts du Brexit sur l'Europe, le prix du pétrole qui s'est remis à reculer. Les documents budgétaires réfèrent ainsi à une possible « volatilité renouvelée des marchés financiers » qui pourrait être perturbée encore davantage avec les élections en Allemagne et en France, et pourrait-on ajouter, l'avenir de l'euro.
Le budget cite plusieurs fois l'Énoncé économique de l'automne 2016, entre autres pour souligner que les prévisions avancées il y a six mois à peine ont déjà été révisées à la baisse, quoique modestement. Cela semble démontrer que l'exercice du pouvoir s'avère difficile, peut-être plus que jamais auparavant avec une économie mondialisée et des philosophies politiques radicalisées dans des pays jusqu'ici stables. 
Bref, le réel budget 2017 des libéraux de Justin Trudeau pourrait n'apparaître que l'an prochain, une fois éclairci l'avenir électoral de l'Europe et, surtout, celui des politiques économiques des États-Unis de Donald Trump. En attendant, Bill Morneau a servi celui de 2016, à peine réchauffé.