L e gouvernement de l'Ontario a récemment déposé un projet de loi qui fait saliver les militants québécois du logement abordable.

Duel du logement Ontario-Québec

ÉDITORIAL / Le gouvernement de l'Ontario a récemment déposé un projet de loi qui fait saliver les militants québécois du logement abordable. Ces derniers souhaitent toujours un contrôle plus serré par l'État, ce que semble promettre le futur régime ontarien.
Cet espoir d'une plus grande mainmise gouvernementale sur les politiques de logement témoigne davantage d'une fatigue certaine face à un gouvernement Couillard qui n'a pas fait beaucoup dans le domaine.
Les deux provinces présentent des réalités très différentes. Il est difficile d'établir des parallèles et de réclamer pour le Québec les outils que l'Ontario s'apprête à mettre en place.
Et puis il y a des impératifs politiques.
Le gouvernement de Kathleen Wynne fera face à l'électorat dans moins d'un an. La popularité des libéraux a atteint un creux en 2016 et son bilan électoral s'avérait assez maigre. Depuis six mois cependant, la première ministre emprunte des idées à la gauche et multiplie les annonces pour séduire une classe moyenne éprouvée par la vie chère. Mme Wynne a ainsi proposé des baisses de tarifs d'énergie de 25 % et éliminé les frais d'études postsecondaires pour 150 000 étudiants. Le salaire minimum sera porté à 14 $ l'heure en janvier 2018, puis 15 $ en janvier 2019. Elle a mis sur pied un projet pilote de revenu minimum garanti de 17 000 $ par an pour tous les citoyens des villes de Hamilton, Lindsay et Thunder Bay. 
Si le gouvernement Wynne peut proposer toutes ces largesses de l'État, c'est qu'il a enfin équilibré ses finances publiques.
Mais la question du loyer posait toujours problème, surtout dans la grande région de Toronto où habite près de la moitié des 14 millions d'Ontariens. Le prix des loyers et l'accès à la propriété forcent les familles à parcourir toujours de plus longues distances pour se rendre au travail ; le marché est dopé par l'impact d'acheteurs étrangers qui achètent pour des fins d'investissement, comme le vit Vancouver.
Ce portrait est aux antipodes de celui du Québec où les loyers sont parmi les plus bas au pays. 
La présence de la Régie du logement a assurément joué son rôle pour contenir la hausse des prix des loyers ; après 27 ans, une révision s'impose peut-être. Il faut admettre que le Québec a vécu un rattrapage des prix de l'immobilier depuis 15 ans et il est normal que cela se reflète aussi dans le logement. Le recours à la Régie repose sur les épaules des locataires ; peut-être n'ont-ils pas les outils et le caractère pour s'opposer aux diktats de propriétaires qui tentent de tirer toujours plus de revenus de leurs édifices. Se tenir debout n'est jamais facile. 
Par contre, il ne faut pas trop tenir compte des larmes de crocodiles de certains propriétaires et de lobbies comme l'Institut économique de Montréal qui clament que les marges de profit des propriétaires sont trop faibles et que le libre-marché doit y régner. L'immobilier locatif demeure un véhicule d'investissement de premier choix.
Le Québec a peu investi en logement social ces dernières années. Le retard est marqué lorsqu'un ménage sur cinq consacre plus de 50 % de ses revenus pour son toit. Sous Philippe Couillard, l'effort de redressement budgétaire a mené à un climat d'austérité qui a livré la marchandise et dégagé un solide surplus budgétaire. Il est temps de réinvestir en logement social et dans le mouvement du logement coopératif. Et redonner un peu de dents à la Régie du logement. 
Mais s'inspirer du modèle ontarien ? Le retard de la voisine du Québec était beaucoup plus marqué ; nul besoin d'aller si loin.