Il est très difficile à départager les deux orientations, entre les bienfaits de l’école en bas âge et le CPE.

Du tact nécessaire pour la maternelle

ÉDITORIAL / Il est difficile de se faire une idée claire et nette sur les maternelles à 4 ans au Québec. Il y a du pour et du contre de chaque côté de la problématique.

D’un côté, il y a le gouvernement de la Coalition avenir Québec, avec le premier ministre François Legault qui a promis de livrer 3000 classes de maternelle à 4 ans dans toutes les écoles du Québec, d’ici cinq ans. Rappelons qu’il existe près de 400 de ces classes présentement, surtout à Montréal, où elles doivent s’attaquer au dépistage de problèmes variés d’intégration et de futur décrochage scolaire.

De l’autre, il y a tout le réseau des Centres de la petite enfance qui offrent déjà des services aux enfants de 4 ans et qui voient dans les maternelles à 4 ans une menace à leur survie, rien de moins ! Ainsi, le Conseil québécois des services éducatifs à la petite enfance a déclenché récemment un « mois d’action contre les maternelles 4 ans pour tous ».

Et de façon plus discrète, il reste toujours un 25 % des enfants de 4 ans qui ne fréquentent ni l’un ni l’autre, qui ne vont pas à la garderie et qui n’habitent pas dans un quartier défavorisé où ils ont droit à la maternelle 4 ans. Ils sont gardés à la maison ou dans le réseau des garderies privées.

Évidemment, les partis d’opposition s’y donnent à cœur joie. Le mouvement de contestation est appuyé entre autres par le député libéral de Pontiac, André Fortin, et Véronique Hivon, députée péquiste de Joliette.

Qu’est-ce qui est le plus bénéfique ? Il est très difficile à départager les deux orientations, entre les bienfaits de l’école en bas âge et le CPE.

Et l’exemple de l’Ontario ? Encore là, il est difficile d’appliquer ses conclusions au Québec. Parce que l’Ontario n’a pas un réseau de garderies publiques comme dans la Belle Province. Et puis le décrochage y est moins prononcé — 80 % contre 60 % environ — car l’école est obligatoire en Ontario jusqu’à l’âge de 18 ans. Cela ajoute aux motivations des élèves de vouloir poursuivre l’école plus longtemps. Donc l’Ontario n’est pas un exemple duquel le Québec peut tirer des enseignements directement transplantables.

Il reste que cet engagement était l’un des principaux de M. Legault. Il a été convaincu des arguments de la maternelle à 4 ans. Il y a même cru à ce point de mettre son siège en jeu si cela ne se réalisait pas !

François Legault a donc chargé le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, de concrétiser cela. Mais depuis, le dossier s’est grandement polarisé. Il serait donc utile de revoir la stratégie du gouvernement quelque peu. Cela illustrerait que les caquistes sont « parlables ».

Le gouvernement a déjà promis que le déploiement des maternelles à 4 ans ne se ferait pas tout d’un coup, mais sur plusieurs années. C’est un bon départ, car la bouchée aurait été trop grosse à avaler. Le déploiement se fait aussi dans les quartiers les plus à risque, poursuivant ainsi la stratégie des libéraux : ces derniers devraient ainsi voir leurs ailes se rabattre.

L’implication du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, serait également bienvenue. Responsable des CPE, il peut désamorcer un peu la grogne qui y sévit.

Somme toute, nous avons là une promesse électorale controversée, mais que les caquistes tentent de faire passer à la douce. Il ne faut pas s’attendre à ce que François Legault recule. Il faut un peu plus de tact, sans doute. L’expérience vécue sur le terrain par les futurs enfants de 4 ans, à l’automne, devrait être autant d’exemples probants. Le gouvernement n’a pas à baisser les bras, ni à faire marche arrière, juste à faire attention où il pose les pieds.