Le Comité international olympique a exclu la Russie des prochains Jeux olympiques d'hiver.

Du courage devant le dopage

ÉDITORIAL / Jamais dans l’histoire le Comité international olympique aura-t-il pris une décision aussi courageuse... Le vénérable CIO s’est découvert un courage que personne ne lui avait connu auparavant.

Hier, le CIO, la plus haute autorité sportive au monde, a exclu la Russie des prochains Jeux olympiques d’hiver, qui auront lieu en Corée du sud, en février. La mesure ne touche pas les athlètes individuellement ; s’ils prouvent leur innocence — ce qui ne sera pas évident —, ils pourront compétitionner à PyeongChang, mais sous les couleurs des anneaux olympiques.

La somme de preuves indépendantes et vérifiées était tout simplement trop accablante pour tolérer plus longtemps le dopage à grande échelle des athlètes russes, qui bénéficiaient de l’appui enthousiaste du gouvernement de Vladimir Poutine. 

Ce dernier  n’encaissera pas sans coup férir un tel affront pour la Russie et son administration. Hier encore, un élu du Parlement russe, Piotr Tolstoï, a dit que la Russie « n’avait pas à s’excuser de quoique ce soit, ni nos athlètes ». 

Il faut saluer le courage du président du Comité international olympique, Thomas Bach, qui n’a pas maché ses mots, hier. Il a clamé que le système de dopage d’État mis en place en Russie constituait « une attaque sans précédent sur l’intégrité du sport et des Olympiques ». Cela rappelle celui de l’Allemagne de l’est, dans les années 1970.

Il s’est enfin tenu debout là où tant de décideurs ont croulé sous la pression dans le passé. 

Le sport est un monde où il y a, tristement, beaucoup de copinage et de dirigeants qui détournent le regard de comportements accablants. Ça arrive à tous les niveaux et plus c’est élevé, plus les enjeux sont considérables, plus les tentations de couvrir les scandales sont grands. On ne peut qu’imaginer les pressions subies par M. Bach depuis l’éclosion de cette affaire, il y a trois ans. Sa relation avec Vladimir Poutine, que l’on a décrite comme privilégiée, vient de prendre un tournant à 180 degrés. 

Peu de gens pouvaient se tenir droit devant le président russe, réputé pour ne pas tolérer la dissidence. Cela peut aussi être une question de vie ou de mort ! Plusieurs de ses adversaires « disparaissent » dans des circonstances nébuleuses. Comme deux des officiels du laboratoire antidopage de Moscou, impliqué dans le mensonge, aujourd’hui décédés. Quant au patron, Grigory Rodchenkov, il s’est exilé aux États-Unis où il vit dans un lieu tenu secret. 

Mais cette fois, la pyramide de preuves à l’endroit des Russes était tout simplement trop imposante pour être ignorée.

M. Rodchenkov avait reconnu dans des entrevues enregistrées clandestinement qu’il avait participé à la destruction pure et simple de plus de 1400 tests d’urine afin de barrer la route aux autorités antidopage. Elles avaient alors commandé une étude indépendante. En 2016, l’avocat canadien Richard McLaren l’a publiée en deux chapitres. Un premier sur le dopage des Russes aux Jeux d’hiver de Sochi, en 2014, et un second, plus global, déballant un scandale sur plusieurs années. Cela a démontré l’usage de faux prélèvements d’urine à grande échelle entre 2011 et 2015, chez plus de 1000 athlètes russes de 30 sports différents. Des échantillons d’urine propre étaient substitués à d’autres provenant d’athlètes dopés et le stratagème ne pouvait être si généralisé, et pendant si longtemps, qu’avec la complicité à la fois du laboratoire de Moscou... et des autorités sportives de Russie.

Après cet affront sur la probité du sport, le monde a vu hier un rare geste de courage. Surveillons bien la réponse maintenant. Ce n’est pas fini.