Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Doug Ford est métamorphosé

ÉDITORIAL / Doug Ford est d’humeur guillerette ces jours-ci. Lui qui a pourtant été la cible répétée des attaques de Justin Trudeau tout au long de sa campagne, voilà que le premier ministre de l’Ontario a des paroles bienveillantes à l’endroit de son vis-à-vis fédéral. Il ne lui en veut pas le moins du monde — « c’était de la politique ». Maintenant, il est ailleurs. Et il lui propose de reprendre les échanges courtois entre Ottawa et l’Ontario pour « répondre aux priorités communes » qu’ils partagent !

Il a même salué l’engagement de M. Trudeau à participer au financement de la ligne Ontario du métro de Toronto et il a reconnu que « beaucoup des gens qui ont voté pour lui ont aussi voté pour M. Trudeau ».

Avouez que comme revirement, c’est un revirement !

Tout le monde a bien remarqué que Doug Ford s’est caché durant la campagne électorale. Dès que les travaux parlementaires ont pris une pause estivale, ce furent les vacances pour le premier ministre... jusqu’au 22 octobre. Quatre mois de répit ! Il n’est sorti de sa tanière que pour régler quelques cas, et jamais pour jeter de l’huile sur le feu des relations entre l’Ontario et ses multiples partenaires. 

Au cours des dernières semaines, on l’a vu abandonner sa volonté de reprendre les fusions municipales. Après avoir imposé une réduction de la moitié des conseillers municipaux à Toronto, le gouvernement a finalement concédé qu’il valait mieux que les initiatives viennent de la base plutôt que d’en haut. 

Il a aussi, et c’est majeur, mis fin à sa volonté d’augmenter la taille des classes du niveau secondaire. 

Les classes demeureront à 25 élèves, plutôt que les 28 que le gouvernement proposait, et qui provoquaient beaucoup de friture sur la ligne des négociations d’un nouveau contrat scolaire avec les enseignants. Et l’entente entre Ottawa et l’Ontario sur l’Université de l’Ontario français ne remonte qu’à six semaines.

Maintenant que les tensions politiques sont assainies, qu’est-ce qui a bien pu entrer dans la tête de Doug Ford ?

Car un peu plus et on le verrait à la parade de la Fierté gaie !

Il y a bien eu ce sondage de la firme Mainstreet, en juin dernier, qui le plaçait bon dernier en Ontario. 

Le Parti conservateur ne récoltait que 22,4 % des intentions de vote, loin derrière les libéraux à 39,9 %... même s’ils n’ont toujours pas de chef et n’ont que six députés à l’Assemblée législative. (On aura noté au passage qu’ils n’ont plus aucun Franco-Ontarien sur leurs rangs avec les démissions de Marie-France Lalonde, élue au fédéral, et de Nathalie Des Rosiers, qui est retournée à l’enseignement.) Même les néo-démocrates étaient devant le Parti PC, avec 24,2 %.

Mais le vrai coup de sonde, ce fut l’élection fédérale de lundi dernier. Et M. Ford a bien noté, même s’il ne s’en est pas vanté, que les conservateurs ont fait chou blanc dans la grande région de Toronto, qui inclut sa bien-aimée « Ford Nation ». 

Lui qui se voyait déjà au pouvoir pour au moins deux mandats, voilà qu’après un an à peine, il doit se dépêtrer tout seul pour remonter la pente dans l’opinion publique.

Car ce n’est pas son grand frère fédéral Andrew Scheer qui pourra l’aider — ses œufs sont tous dans le panier de l’Alberta et de la Saskatchewan. 

C’est ce qui explique le ton conciliant de Doug Ford, pour ce qu’il vaut. 

Même là, c’est étonnant. Car changer de ton ? On ne l’en croyait pas capable. 

Comme quoi la politique a le don de provoquer les métamorphoses les plus renversantes.