Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Doug Ford est bien mal conseillé

ÉDITORIAL / Le virage à 180 degrés effectué par le gouvernement de Doug Ford, dans les compressions qu’il veut imposer aux 444 municipalités de l’Ontario, illustre bien qu’il est mal conseillé, ce qui le laisse prendre des décisions malencontreuses, même erronées.

On aura compris qu’il n’y a pas une cible à l’abri dans l’objectif de ce gouvernement de réduire le déficit de 11,7 milliards $. La santé et l’éducation, réputées à l’abri des coupes, ne le sont pas. Dans la décision qui a été renversée, lundi, ce sont les budgets liés aux ambulanciers, à la santé publique et aux services de garde. La proposition du gouvernement du Parti progressiste-conservateur, fidèle au budget qu’il avait déposé le 11 avril, était de fournir 7,35 millions $ aux plus grandes municipalités de l’Ontario pour les aider à trouver des économies dans ces services. Pour la seule Ville de Toronto, les économies prévues étaient de l’ordre de 178 millions $.  

Le gouvernement a aussi annoncé que les unités de santé publique verraient leur formule de financement modifiée à la baisse, de 100 % à 75 %, voire 60 à 70 %, et à 50 % dans le seul cas de Toronto.

Ces restrictions budgétaires étaient imposées rétroactivement. C’est-à-dire que le financement était amputé même si les villes s’étaient déjà engagées à payer certains frais, sans se douter que des coupes allaient leur tomber sur la tête ultérieurement. Cette manière de faire était particulièrement cavalière puisque les sommes sont déjà déboursées : cela fait doublement mal aux municipalités de récupérer l’équivalent de ces sommes. Les villes doivent couper davantage dans les services qu’ils rendront, juste pour payer la part que l’Ontario ne paie plus.

Évidemment, les villes ont rechigné. Et fort. 

Cette décision est survenue alors que des sondages, notamment des firmes Recherche Mainstreet et Ipsos, ont démontré que les conservateurs de l’Ontario ont pris une débarque dans l’opinion publique, ces derniers mois. Largement premiers jusqu’au dépôt du budget, les voilà glissés au deuxième, voire au troisième rang.

Surprise, lundi, alors que le gouvernement de Doug Ford a annoncé qu’il mettait ces compressions sur la glace. Pour 2019, les villes recouvreront leur marge de manœuvre. Mais l’an prochain, ces coupes s’appliqueront. Au moins auront-elles eu le temps de les voir venir.

Le gouvernement, bon prince, se vante aujourd’hui d’en être un « qui écoute », a dit M. Ford. 

Le ministre des Affaires municipales, Steve Clark, a indiqué que l’annonce était « une très bonne réponse à ce que disaient nos partenaires municipaux ».

Des « partenaires » dont le gouvernement ne savait que faire il y a quelques jours à peine, faut-il préciser. Des partenaires dont il ignore les avis, obnubilé qu’il est de réduire le déficit.

Plusieurs s’entendent qu’il est sain de réduire le déficit de l’Ontario, et que le gouvernement libéral qui a précédé y est allé pas mal fort avec ses cadeaux électoraux. Kathleen Wynne distribuait les centaines de millions à gauche et à droite dans l’espoir que ses libéraux seraient réélus.

Mais il est bien mal avisé de couper dans des budgets déjà dépensés. 

Ce gouvernement prend des décisions sans clairement soupeser les deux côtés, et le fait sans prendre en compte les contrats et conventions déjà signées. Il le fait en croyant avoir le mandat de la population d’imposer ses vues de façon aveugle. Il a le mandat de gouverner, oui, mais pas aveuglément. Pas rétroactivement. Doug Ford a fait face à la tempête et il a rebroussé chemin. Bien. Il devrait le faire plus souvent et tempérer ses ardeurs.