Le gouvernement de Doug Ford en Ontario a mis de l’avant deux initiatives pour lutter non pas contre les changements climatiques, mais contre la lutte aux changements climatiques.

Double initiative vouée à l’échec

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Doug Ford en Ontario a mis de l’avant deux initiatives pour lutter non pas contre les changements climatiques, mais contre la lutte aux changements climatiques. La première est puérile et la seconde ne mènera à rien : c’est un double coup d’épée dans l’eau. Mais que faire puisque les conservateurs sont majoritaires à Queen’s Park ? Pas grand-chose autrement que de le décrier sur la place publique.

Le gouvernement de Doug Ford en Ontario a mis de l’avant deux initiatives pour lutter non pas contre les changements climatiques, mais contre la lutte aux changements climatiques. La première est puérile et la seconde ne mènera à rien : c’est un double coup d’épée dans l’eau. Mais que faire puisque les conservateurs sont majoritaires à Queen’s Park ? Pas grand-chose autrement que de le décrier sur la place publique.

Les troupes de M. Ford ne digèrent pas les mesures qu’a prises le gouvernement libéral de Justin Trudeau, au fédéral, pour combattre les conséquences néfastes des gaz à effet de serre et des changements climatiques. Pour eux, cela relève du charlatanisme et trahit un gouvernement qui est prêt à tout pour empocher plus d’argent. Car les conservateurs ne croient pas le discours libéral de ristournes aux Canadiens, même si on les promet plus importantes que ce que les citoyens paieront en taxes sur le carbone. 

Évidemment, cela exige la foi. Mais cela semble plus important que l’immobilisme des conservateurs. Au niveau fédéral, les troupes du chef Andrew Scheer n’ont rien proposé encore, bien qu’ils promettent de le faire. Mais neuf années de régime conservateur sous Stephen Harper ont bien prouvé aux Canadiens qu’ils n’ont rien de concret à proposer. Ils n’y croient tout simplement pas. Entre-temps, ils confondent la population en lançant des plans qu’ils disent grandioses mais qui ne valent à peu près rien en réalité.

Alors ils partent en croisade. Comme les conservateurs ontariens qui ont dévoilé discrètement, dans le projet de loi sur le budget déposé jeudi dernier, des pénalités allant jusqu’à 10 000 $ pour les propriétaires de stations-service qui refuseraient de poser des collants luttant contre la taxe sur le carbone. Cette taxe équivaut à 4,42 cents le litre de carburant à la pompe. Elle est imposée depuis le 1er avril par le gouvernement fédéral aux résidants des quatre provinces qui n’ont pas de plan de lutte à la pollution : l’Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick. Quatre provinces dirigées par des gouvernements conservateurs, vous aurez remarqué.

Ce collant relève donc de la plus puérile des initiatives. Car le message y est tronqué. Aucune mention n’y est faite du plan de remboursement du fédéral, par exemple. Le fardeau de la responsabilité d’afficher les collants propagandistes est placé sur les épaules des exploitants, qui sont coincés entre l’arbre et l’écorce. C’est injuste pour eux.

Parallèlement à cela, l’Ontario a démarré, hier à Ottawa, une contestation judiciaire de la taxe sur le carbone. Devant la Cour d’appel, on débattra de la constitutionnalité de la loi fédérale en se référant à la constitution de 1867 et la division des pouvoirs entre le fédéral et les provinces. 

Ottawa argue que son pouvoir d’action émane de la menace nationale sur l’environnement ; l’Ontario soutient qu’il s’agit d’une intrusion du fédéral dans un domaine où les provinces ont tout à fait le loisir d’intervenir. 

C’est le même corps de pensée que la loi sur les autocollants luttant contre la taxe sur le carbone. Il semble présomptueux de maintenir que, parce que l’Ontario peut intervenir sur cette question, cela élimine l’autorité fédérale à le faire également. Si l’Ontario voulait en faire plus que le fédéral, on pourrait comprendre. 

Ce n’est pas le cas : c’est purement pour en faire moins et la Cour d’appel devrait juger de l’affaire rapidement et confirmer l’autorité fédérale en ce domaine.