Le tireur de la Grande Mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette

Deux verdicts, des similarités

ÉDITORIAL / Les cours de justice ont rendu, oh hasard, deux verdicts très attendus : ceux des meurtriers Bruce McArthur, à Toronto, et Alexandre Bissonnette, à Québec. Deux verdicts pas très éloignés l’un de l’autre : 25 ans dans le premier cas, 40 ans dans le second. Ils ont quand même tué huit personnes dans le cas de M. McArthur, et six dans le cas de M. Bissonnette.

Ces sentences, très longues au demeurant, apparaissent comme somme toute raisonnables. M. McArthur aura 91 ans lorsqu’il pourra demander sa libération conditionnelle, M. Bissonnette, 68 ans. 

L’inverse aurait paru incongru. Qu’auraient pensé les Canadiens si un juge avait autorisé l’addition des sentences de 25 ans, et pas l’autre ? Car la possibilité était bien réelle alors que l’on attendait les verdicts. Les deux magistrats fonctionnent à partir du même Code criminel, mais il demeurait une zone grise. Cette zone d’incertitude tenait à la décision du gouvernement conservateur de Stephen Harper de durcir la loi et de permettre l’ajout de peines l’une après l’autre. 

Ainsi, M. McArthur était passible d’une peine de 50 ans, soit deux peines consécutives de 25 ans, ce qui l’aurait mené à une libération conditionnelle à l’âge de 116 ans — libération absolument hypothétique car il serait mort avant d’y arriver. Le juge a estimé qu’un verdict de 25 ans, le plus léger en l’occurrence, était le mieux avisé. Et cela, même si M. McArthur n’a démontré aucun remords, aucune contrition. 

De fait, il n’a même pas expliqué ses gestes à l’endroit de ses victimes, toutes issues de la communauté homosexuelle de la Ville-Reine.

Bruce McArthur

Dans le cas d’Alexandre Bissonnette, son bien plus jeune âge — il a 29 ans, contre les 67 de M. McArthur — lui aura probablement valu qu’il aura échappé, lui aussi, au caractère consécutif de ses peines pour son assassinat de six hommes à la Grande Mosquée de Québec. 

Ainsi, au lieu d’encourir 150 années de prison, il sera derrière les barreaux pendant 40 ans avant de pouvoir être libéré conditionnellement. Mais il s’agit bien de 40 ans, et non pas 25. 

Car le juge François Huot a, dans le cadre d’une décision longue de 250 pages, trituré l’héritage de M. Harper pour arranger une sentence qui serait supérieure à 25 ans, mais inférieure aux 150 ans auquel M. Bissonnette était passible, ou même 50 ans, si le juge aurait retenu l’option d’une double sentence de meurtre. Cela aurait amené le coupable à une libération conditionnelle possible à 78 ans — étant donné qu’il a déjà passé deux années en prison. Ces 78 ans, c’est bien près de l’espérance de vie normale au Canada qui est de 81 ans pour les hommes. En lui permettant potentiellement de sortir de prison à 68 ans, le juge a ménagé la chèvre et le chou. 

Cette approche, bien dosée, risque de mener le jugement directement en appel. Car les familles et les proches des victimes sont atterrés, renversés. Ils faisaient le parallèle non pas avec M. McArthur, mais avec Justin Bourque, le meurtrier de trois agents de la police au Nouveau-Brunswick. En 2014, il a obtenu 75 ans de pénitencier. 

Bruce McArthur ne reverra probablement jamais la lumière du jour. Pour Alexandre Bissonnette, la perspective est moins nette. Il pourrait recouvrer la liberté, mais il devra faire de larges efforts de réhabilitation d’ici là.

À Toronto et à Québec, on panse ses plaies. Dans les bureaux, on soupèse la possibilité d’un appel. Partout ailleurs, on soupire de satisfaction que ces deux cas sordides se soient soldés rapidement, sans procès, et avec de longues sentences.