Dès sa nomination à la Santé, en 2004, Philippe Couillard a jeté les bases du Commissariat à la santé et au bien-être.

Deux raisons de protester

ÉDITORIAL / Il y a deux éléments dans l’étude sur la rémunération des médecins qui défraie les manchettes au Québec. D’abord, la population est en mesure d’apprécier les données mêmes de ce rapport indépendant. Puis il faut rappeler la pertinence du Commissariat à la santé et au bien-être, qui l’a commandé... avant d’être aboli en 2016.

Lorsque les libéraux sont arrivés au pouvoir en 2003, l’accès à un médecin de famille faisait problème, comme aujourd’hui. D’une manière un peu partisane, les libéraux ont pas mal mis la faute sur le gouvernement du Parti québécois sous Lucien Bouchard qui avait envoyé à la retraite des milliers de médecins et d’infirmières dans un exercice de redressement des finances publiques. Quand Jean Charest et son nouveau ministre de la Santé... Philippe Couillard ont dressé leur plan d’action, ils ont vite conclu qu’il y avait pénurie de professionnels. M. Couillard a convaincu la population que malgré l’empressement de son gouvernement, il faudrait du temps pour former de nouveaux médecins. 

Quinze ans plus tard, le portrait dressé par l’étude de Damien Contandriopoulos est tout autre : il y a 17 % plus de médecins. La crise d’effectifs s’est donc résorbée. C’est une première bonne nouvelle.

Mais étonnamment, la loi de l’offre et de la demande ne s’applique pas dans ce domaine puisque le mode de rémunération à l’acte est encore largement répandu. Ainsi, le budget du Québec alloué aux salaires des médecins est passé de 3,3 à 6,6 milliards $ entre 2006 et 2015. Le double donc. L’inévitable inflation en explique une partie, et certes un peu de rattrapage salarial. Mais une augmentation moyenne de 8,1 % sur une décennie est bien généreuse. Rappelons que le Québec et le reste du monde ont subi une crise économique majeure en 2007 et 2008 et que toute la population a dû se serrer la ceinture pour traverser ces temps durs. Pas les médecins, de toute évidence.

On dit que les nouveaux médecins rejettent le type de pratique des générations passées. La coalition travail-famille est plus importante que jamais, surtout parmi les femmes. Tant mieux pour eux. Tous en souhaiteraient autant. Mais le résultat, pour les contribuables du Québec et les malades qui font le pied de grue à l’urgence ou à la clinique, c’est qu’ils n’en ont pas pour leur argent. Ils ont maintenant preuves à l’appui. 

L’autre élément de ce rapport est sa publication même.

Dès sa nomination à la Santé, en 2004, M. Couillard a jeté les bases du Commissariat à la santé et au bien-être, qui succédait au Conseil de la santé et du bien-être, ainsi qu’au Conseil médical du Québec. Le commissaire avait comme mission d’évaluer le réseau et de mener des consultations régulières pour le ministre. Cette forme de reddition de comptes est utile. Étonnamment, Philippe Couillard a accepté de démanteler le bureau du Commissaire lorsqu’il est devenu premier ministre. La présence de Gaétan Barrette ne peut être étrangère à cette décision. 

Dans le passé, d’autres gouvernements ont dégriffé les structures qui ont été mises en place pour les conseiller. Les Canadiens se sont toujours interrogés sur les vraies raisons derrière les attaques frontales du gouvernement de Stephen Harper contre Statistique Canada, par exemple. L’étude sur la rémunération des médecins québécois rappelle que la classe politique a besoin de mieux consulter, pas moins, pour que les citoyens soient mieux informés des décisions prises avec les fonds publics, et surtout, mieux servis.