Le travail des élus, en temps de crise, est de voir à ce que toutes les ressources nécessaires et disponibles travaillent à alléger les conséquences, rappelle l'auteur.

Des eaux, quel leader émergera?

ÉDITORIAL / Pour les autorités et les services d'urgence, les inondations de la fin d'avril auront été comme une répétition de ce qui attend l'Outaouais et des villages de l'Est ontarien au cours des prochains jours. Des pluies quotidiennes doivent gonfler encore davantage les cours d'eau qui irriguent cette vaste région, de Maniwaki à Clarence-Rockland, de Pontiac à Cumberland et Masson-Angers. Mais il semble bien que ce soit le secteur Pointe-Gatineau qui soit le plus mal en point.
Le répit ne doit arriver que la semaine prochaine, selon les rapports des météorologues. Et si la pluie doit cesser d'alourdir la situation, nous savons bien qu'il faudra des semaines avant que les cours d'eau ne réintègrent leur lit habituel et que les sols gorgés d'eau commencent à s'assécher. Certains qui ont traversé la dernière crise environnementale du genre, en 1974, se rappellent qu'il avait fallu attendre jusqu'en juillet pour que la nature revienne à la normale.
C'est lors de situations exceptionnelles comme celle-ci que les citoyens sont à même d'apprécier le travail des équipes de secours. Ces gens travaillent sans relâche pour sauvegarder des centaines de maisons qui sont devenues autant d'îlots. Les sacs de sable ne suffisent plus. Pomper l'eau qui menace les sous-sols éreinte, car la menace ne cesse pas, 24 h sur 24. Le risque de coupures d'électricité immobiliserait les pompes déjà à bout de souffle. Et puis par-dessus tout, la sécurité des personnes demeure la préoccupation première. Les forces d'urgence ont déjà mené à des évacuations, jusqu'ici volontaires, mais qui sait ce que les quelque 20 cm ajouteront comme fardeau ?
Derrière ces équipes se profile le travail des élus, conseillers municipaux, maires et députés. Personne ne s'attend à ce qu'ils s'activent au pic et à la pelle. Cela peut faire de bonnes photos pour illustrer leur compassion, mais ils sont avant tout chargés de voir à ce que toutes les ressources nécessaires et disponibles travaillent à alléger les conséquences de cette inondation historique.
Par exemple, le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin a pris la bonne décision de ne pas se rendre au sommet annuel de l'Union des municipalités du Québec, qui s'amorçait à Montréal, hier. On le sait friand de telles rencontres, d'autant plus qu'il devait y faire ses premiers pas comme président du Caucus des grandes villes, où se coordonne plusieurs des initiatives d'élus sur des questions d'intérêt supra-régional. Le maire Pedneaud-Jobin a fait une croix sur ce déplacement. Peut-être a-t-il calculé en fonction des élections municipales à Gatineau, cet automne ? Demeurer auprès de ses commettants qui traversent des heures d'enfer est la chose à faire. Cela l'immunise d'attaques éventuelles d'adversaires qui l'auraient taxé d'être loin des préoccupations de sa population. 
Personne ne connaît l'avenir, mais dans les milieux politiques, plusieurs ne se souviennent du maire de Montréal, Jean Doré, que pour son absence lors d'une inondation en 1987. Cela n'a pas stoppé sa réélection, en 1990, mais 30 ans plus tard, on parle encore de ce manque d'empathie en même temps que l'on rappelle de ses meilleurs coups comme la création du Musée Pointe-à-Callière et de la plage de l'île Sainte-Hélène. Une erreur qu'il a reconnu même longtemps après.
La politique tient parfois à peu de choses. En 2017, l'inondation des rives de la rivière des Outaouais indiquera peut-être les vrais leaders d'aujourd'hui et de demain. En plus de marquer l'histoire régionale.