La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, a admis que 17 000 $ n'est pas une somme mirobolante, mais elle soutient qu'elle peut faire une différence pour quelqu'un qui tente d'améliorer son sort.

Des bonbons à saveur électorale

ÉDITORIAL / Après neuf années dans le rouge, l'Ontario a enfin présenté un budget équilibré, hier. Le gouvernement libéral respecte ainsi son engagement électoral d'y arriver en 2017. Le ministre des Finances Charles Sousa y était presque, l'an dernier, mais il n'a pas voulu presser le pas. Cela lui a procuré une solide marge de manoeuvre cette année et son budget 2017 inclut plusieurs nouvelles dépenses que l'on pourrait presque qualifier de cadeaux électoraux. Sauf que l'élection n'aura lieu qu'en juin 2018...
La seule croissance économique de l'Ontario, qui est prévue à un robuste 3,9 %, a offert au ministre Sousa plusieurs milliards de dollars avec lesquels améliorer les services à la population. La principale mesure est l'assurance-médicaments gratuite pour tous les Ontariens de 24 ans et moins, ce qui devrait coûter 465 millions $ au Trésor. Rappelons que les aînés et les moins nantis profitent déjà d'une telle mesure ; il ne faudrait pas se surprendre que le gouvernement de Kathleen Wynne, qui cherche à mousser sa popularité auprès des électeurs, l'élargisse à tout le monde avec son budget de 2018. Sa cote de popularité est à la traîne derrière les conservateurs et ce sera sa dernière chance de courtiser les Ontariens.
Cette assurance-médicaments - qui coûte jusqu'à 660 $ par an aux Québécois - coupe aussi l'herbe sous le pied du NPD qui vient justement d'inscrire ce filet social dans son programme électoral, il y a quelques jours. La coïncidence n'est pas fortuite.
Par ailleurs, l'Ontario augmente considérablement ses dépenses en santé et en frais de garde. Les programmes d'infrastructures, en transport notamment, dépensent à plein régime - à preuve le train léger à Ottawa, mais c'est la même chose avec le réseau Go Transit dans la région de Toronto. Un nouveau projet de train, du style TGV, est envisagé dans le corridor Toronto-Windsor.
C'est sans compter que Mme Wynne avait déjà annoncé les études post-secondaires gratuites pour quelque 200 000 étudiants. Pour l'Université franco-ontarienne, par contre, si la volonté est bien affirmée, les dollars devront attendre le rapport du comité Adam.
Mais c'est au chapitre des coûts d'électricité que Kathleen Wynne a la plus grosse côte à remonter. Elle a coupé les tarifs de 25 % en trois mois dans l'espoir de redonner de la marge de manoeuvre à quelque 800 000 familles et entreprises qui se disent étranglées par les hausses graduelles de l'énergie. 
Malgré tous ces bonbons, sa popularité stagne.
Évidemment, tout cela n'est pas gratuit. L'argent entre à flot : plus de revenus de taxes diverses, incluant la taxe de bienvenue sur des maisons toujours plus onéreuses. Par contre, le passif a beaucoup crû depuis la crise économique de 2008 et la dette accumulée a franchi les 300 milliards $. Comme au fédéral, les libéraux ontariens entonnent le refrain que ce qui compte vraiment, c'est le ratio dette-PIB et il est en repli à 37,8 % par rapport à un plafond de 39,4 % en 2015. Ce serait une bonne idée de le réduire plus vite, surtout si l'économie continue de bien rouler, et même de se créer un bas de laine, comme le Fonds des générations du Québec, ou le Heritage Fund en Alberta.
Mais ce ne sont pas les signaux que les libéraux envoient. Ils se battent pour leur survie et assainir les finances publiques au-delà du retour à l'équilibre budgétaire ne semble pas compter à leurs yeux.