Démographie: crise en vue

EDITORIAL / Les Canadiens sont maintenant 35 millions: bien. Mais le Québec, avec ses 8 millions de citoyens, ne représente plus que 23,2 % de la population au sein du Canada: voilà qui est moins bien. Alarmant, même.
Parce que la tendance lourde pointe inexorablement dans la même direction: le Québec pèse de moins en moins lourd et cela le rend de moins en moins pertinent au plan politique. Il tire son importance de sa culture, de sa spécificité, de sa langue, mais aussi de sa démographie. Quand un peuple est nombreux, il est écouté. L'inverse vaut tout autant.
Pire encore, aussi loin que l'on puisse porter le regard, rien ne laisse entrevoir que cette tendance négative pourrait s'inverser, ou même ralentir. 
Certes, le Québec croît encore à un rythme de 3,3 % par an, mais le reste du Canada croît plus vite, à 5 %. Si le Québec obtenait une part équivalente, ce serait chaque année 30 000 personnes de plus qui feraient le choix de s'installer dans la Belle Province, de nourrir son économie, de stimuler sa croissance. Ce nombre peut sembler trivial mais additionné sur des décennies, cela représente un recul important pour la démographie et l'économie du Québec.
À noter qu'à ce chapitre, l'Ontario fait beaucoup mieux, mais à 4,6 %, elle tire aussi de l'arrière en rapport à la moyenne nationale. 
Mis ensemble, le Québec et l'Ontario ont depuis toujours formé le moteur économique et démographique du Canada central. Le message qu'envoie le recensement de 2016 indique donc clairement que le coeur traditionnel du Canada recule... La croissance se fait maintenant dans l'Ouest canadien, principalement en Alberta. Malgré la chute du prix du pétrole qui a fait culbuter sa base économique, l'Alberta a quand même enregistré une hausse de 11,6 % entre 2011 et 2016. La Colombie-Britannique, la Saskatchewan et le Manitoba affichent toutes des croissances de 5,6 % à 6,3 %. C'est là que ça se passe.
Les données linguistiques du récent recensement ne seront rendues publiques qu'en août mais déjà, nous pouvons soutenir que le portrait est préoccupant pour les francophones, qu'ils soient du Québec ou de l'Ontario. 
La communauté franco-ontarienne, par exemple, demande depuis plusieurs années la mise en place de mesures pour stimuler l'immigration francophone. Les résultats se font toujours attendre. Moins importants ils seront en nombre, moins leurs causes gagneront la faveur des décideurs politiques. 
Les francophones ont beau avancer qu'ils bénéficient d'une protection constitutionnelle, leurs demandes risquent d'être progressivement noyées dans l'indifférence. Nous en voyons des indices autour de Vancouver, par exemple, où des services sont offerts en chinois parce que ce sont eux qui constituent la principale minorité linguistique, bien plus que le français. 
La Chambre des communes a accueilli 30 nouveaux députés en 2015, au terme d'un redécoupage électoral, mais que trois au Québec. Son poids politique ne suit pas le rythme. Pour le moment, il n'y a pas de crise imminente. Les mentalités progressent et militent pour une plus grande acceptation du français au plan national. Mais cela durera-t-il? 
Reportons-nous dans 25 ou 50 ans. Si les courbes démographiques ne se démentent pas, quel importance le Canada conférera-t-il aux demandes des francophones s'ils sont encore plus minoritaires?